Prof. Stéphane DOUMBÉ-BILLÉ et Prof. Michel PRIEUR
(au nom de la Commission du droit de l’environnement de l’UICN)

A. Ch. Kiss est mort. L’immense Kiss dont la stature a dominé l’évolution du droit international dans ses dimensions essentielles de la protection des droits de l’homme et de la protection de l’environnement vient de disparaître à l’âge de 81 ans. Né à Budapest en Hongrie le 2 juin 1925, il perdit honteusement la nationalité de son pays avant de la recouvrer par la suite à juste titre. Il devait d’ailleurs le représenter avec honneur et autorité devant la Cour internationale de justice dans l’affaire Gabcikovo-Nagymaros. Il émigra en France en 1947 et devint l’élève de Mme S. Bastid. Marié à Hélène dont il eut deux enfants, il conserva également des convictions protestantes à Strasbourg, sa ville d’élection. Il est quasiment impossible pour de nombreuses générations de juristes de ne pas avoir rencontré à un moment donné de leur parcours de recherche la pensée ouverte et profondément humaniste du disparu.

Chercheur, A. Kiss le fut certainement jusqu’au bout, à travers la carrière remarquable en tous points au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) où il entra en 1951 avant de devenir en 1993 directeur de recherches, obtint l’éméritat et fut couronnée par la plus haute distinction scientifique, médaille d’or. Comment ne pas citer à cet égard l’imposant « Répertoire de la pratique française en matière de droit international » en sept volumes auquel il consacra dix ans de sa vie ? Chercheur, il le fut aussi au sens noble du terme, en embrassant après sa thèse de doctorat sur L'abus de droit en droit international, de multiples champs d’intérêt qui ne résument pas pourtant la curiosité intellectuelle qu’il a constamment manifestée dans le droit institutionnel, à travers l’étude des organisations européennes, en droit international des droits de l’homme, domaine dans lequel il assuma pendant plus de dix ans, de 1980 à 1991, les importantes fonctions de Secrétaire général de l’Institut international des droits de l’homme de Strasbourg et surtout en droit international de l’environnement où il fut à la fois un pionnier et un croisé pacifique.