ACTU : Le rapport Goldstone sur Gaza conclut en faveur d'une saisine de la CPI
Par Multipol le jeudi 1 octobre 2009, 13:17 - Droits de l'Homme / Droit humanitaire - Lien permanent
Catherine MAIA
Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a examiné le 29 septembre, à Genève, le rapport de la Mission d'établissement des faits des Nations Unies sur le conflit à Gaza, ou rapport Goldstone, qui conclut que l'armée israélienne et le Hamas ont commis des crimes de guerre, voire des crimes contre l'humanité, lors du conflit armé de 22 jours qui, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, a fait 1400 morts du côté palestinien et neuf dans les rangs israéliens.
Le président de la commission d'enquête de l'ONU, Richard Goldstone, a recommandé une saisine de la CPI pour "crimes de guerre" et "possibles crimes contre l'humanité" durant l'offensive israélienne à Gaza, ce qui contribuerait à mettre fin à une "culture de l'impunité" dans la région.
Défendant son rapport devant le Conseil des droits de l'Homme, Richard Goldstone a dénoncé la "culture de l'impunité", prévalant dans la région depuis trop longtemps : "L'impunité pour crimes de guerre et de possibles crimes contre l'humanité a atteint un point critique", a déclaré le juriste sud-africain.
Evoquant le précédent du président soudanais Omar el-Béchir, sous le coup depuis mars 2009 d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour (Ouest du Soudan), il a ajouté : "L'absence actuelle de justice mine tout espoir d'un processus de paix et renforce un environnement qui favorise la violence".
Selon Richard Goldstone, si dans un délai de six mois, aucune enquête de bonne foi conforme aux normes internationales n'a été engagée, le Conseil de sécurité devrait renvoyer ces situations devant le Procureur de la Cour pénale internationale.
Il a donc recommandé l’établissement d’un organe d'experts indépendants chargé de faire rapport au Conseil de sécurité sur les progrès réalisés par les enquêtes et poursuites engagées par Israël sur les faits allégués, ainsi que celles engagées par les autorités pertinentes à Gaza s'agissant des crimes commis par les groupes armés palestiniens.
La recommandation de M. Goldstone d’une saisine de la CPI a été reprise à son compte par le Mouvement des non-alignés, le Groupe africain, l'Organisation de la Conférence islamique et le Groupe arabe. Cette perspective divise toutefois profondément le Conseil des droits de l'homme, composé de 47 États membres.
La délégation palestinienne a jugé objectif et non biaisé le rapport Goldstone, en indiquant que le document "rapporte des faits incontestables" et contient des informations sur des violations commises par toutes les parties.
Prenant la parole aux débats, l'ambassadeur de Suisse auprès de l'ONU à Genève, Dante Martinelli, a regretté qu'Israël n'ait pas coopéré avec la mission Goldstone.
Israël a, pour sa part, rejeté le rapport, en déclarant que le document contient seulement un ensemble d'exemples sélectionnés pour produire le maximum d'effet politique.
Les Etats-Unis ont également considéré que l'on continue de traiter de manière disproportionnée Israël et se sont dit en désaccord avec nombre d'évaluations et de recommandations contenues dans le rapport de la Mission. En ce sens, le secrétaire d'État adjoint américain pour les droits de l'Homme Michael Posner, a refusé de "mettre sur le même plan moral Israël, un État démocratique qui a le droit de se défendre, et le Hamas qui a répondu au retrait d'Israël de Gaza en terrorisant les civils dans le sud d'Israël". Il demande aux membres du Conseil des droits de l'Homme de voter une résolution par consensus "qui encourage Israël à enquêter et à traiter ces allégations (...) et qui appelle les Palestiniens à lancer des enquêtes crédibles".
Dans un communiqué, Amnesty International a observé que les conclusions du rapport Goldstone concordent avec les siennes résultant d'une "enquête de terrain" : "Les belligérants, dans de nombreux cas, ont violé les principes de l'ONU sur l'usage de la force et des armes à feu par le caractère disproportionné des assauts", souligne Amnesty. "Viser délibérément des populations civiles constitue un crime de guerre et s'inscrit dans les violations graves du droit international humanitaire".
Pour l'ONG, "si Israël et le Hamas sont responsables desdites violations, le rôle des États fournisseurs d'armes ou d'équipement militaire ne peut être ignoré", d'autant que "la majorité des armes utilisées sont d'origine étrangère". Elle estime de fait que "tous les États doivent suspendre leurs transferts de munitions, d'équipement et d'aides militaires afin d'empêcher que cela se reproduise".

Commentaires
A new Insight on the Goldstone Report, by David Kaye, can be viewed here:
http://www.asil.org/insights091001.cfm
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a repris à son compte, le 16 octobre, le rapport du magistrat indépendant Richard Goldstone faisant état de crimes de guerre du Hamas, mais surtout d'Israël, lors de leur conflit de l'hiver dernier à Gaza.
Le vote a été approuvé par 25 voix pour, 6 contre et 11 abstentions. Les Etats-Unis, l'Italie, la Hollande, la Hongrie, la Slovaquie et l'Ukraine ont voté contre ; se sont abstenus la Bosnie, le Burkina-Faso, le Cameroun, le Gabon, le Japon, le Mexique, la Norvège, la Belgique, la Corée du Sud, la Slovénie et l'Uruguay. Cinq Etats dont la France et le Royaume-Uni ont refusé de participer. Paris juge que l'organisation du vote était "prématurée" et "regrette profondément" qu'elle n'ait pas fait l'objet d'une "véritable discussion".
Le ministre de l'intérieur israélien et vice-premier ministre, Eli Yishai, a fustigé "une décision anti-israélienne qui couronne un rapport anti-israélien". Il a estimé, dans un communiqué, que "l'armée israélienne a agi avec des gants de velours envers les civils innocents. La décision du Conseil est une farce diplomatique". Le ministère des affaires étrangères israélien a, lui, affirmé que l'adoption de ce rapport était un obstacle au processus de paix au Proche-Orient.
De leur côté, les mouvements palestiniens n'ont pas caché leur satisfaction. L'Autorité palestinienne "se félicite" de la décision du Conseil des droits de l'homme. "Nous espérons maintenant que le rapport (Goldstone) sera porté devant le Conseil de sécurité de l'ONU", a déclaré à l'AFP le négociateur palestinien Saëb Erakat.
De son côté, le mouvement islamiste Hamas, rival de l'Autorité palestinienne et qui contrôle la bande de Gaza, s'est aussi réjoui de l'adoption du rapport Goldstone en "remerciant tous les pays qui ont voté en sa faveur". "Nous espérons que ce vote va conduire à un procès des chefs de l'occupation (israélienne)", a commenté un porte-parole du Hamas, Taher Al-Nounou. Le Hamas est également accusé de "crimes de guerre" par le rapport Goldstone.
Le Conseil des droits de l'homme était réuni depuis le 15 octobre pour une session extraordinaire sur la demande de l'Autorité palestinienne avec le soutien du groupe arabe, l'Organisation de la conférence islamique, les non-alignés et les pays africains majoritaires au sein du Conseil.
Source : AFP