ACTU : Les victimes d'essais nucléaires français seront indemnisées
Par Multipol le mardi 24 mars 2009, 19:17 - Sécurité internationale et défense - Lien permanent
Catherine MAIA
Treize ans ans après avoir mis un point final à ses campagnes d'essais nucléaires, la France a présenté mardi son premier plan d'indemnisation des victimes, doté de 10 millions d'euros en 2009 et salué, en dépit de quelques réserves, comme une "avancée" par les vétérans.
Quelque 150.000 personnes, travailleurs civils et militaires, ont participé de 1960 à 1996 aux 210 essais menés par la France dans le Sahara algérien puis en Polynésie française. Egalement concernées : les populations de ces deux régions.
"Quelques centaines" de personnes ont pu développer depuis un cancer, victimes de radiations, selon le ministre de la Défense Hervé Morin.
Il a reconnu quatre "problèmes de confinement" lors des tirs effectués dans le Sahara et dix épisodes "de retombées radioactives significatives, sur des zones circonscrites" lors des essais aériens en Polynésie.
"Treize ans après la fin des essais dans le Pacifique et après le traité d'interdiction des essais ratifié par la France, il était temps que notre pays soit en paix avec lui-même", a-t-il relevé, alors que des associations de vétérans bataillent depuis des années pour faire valoir leurs droits.
Pour autant, le ministre s'est refusé à instruire le procès des gouvernements précédents, assurant que l'Etat avait "conduit ces essais en appliquant les plus strictes consignes de sécurité".
Tout juste a-t-il concédé que certains avaient pu hésiter à jouer "la carte de la transparence", redoutant que la "volonté" du pays de se doter d'une force de frappe autonome n'en sorte "affaiblie".
M. Morin a confirmé que les dossiers d'indemnisation seraient confiés à un comité composé pour l'essentiel de médecins et présidé par un magistrat. Ce comité disposera de six mois pour émettre une proposition d'indemnisation qui devra encore être avalisée par le ministre de la Défense.
Estimant avoir fait plusieurs pas en direction des associations de vétérans, il a souligné que "la charge de la preuve est renversée": il n'appartiendra "plus à la victime de prouver que sa maladie est due aux essais, mais à l'Etat de le constester", le cas échéant.
De la même manière, la liste des maladies ouvrant droit à indemnisation sera "inspirée" de celle établie par une instance onusienne, le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCAER).
Cette liste, qui compte 18 maladies (cancers de la thyroïde, des poumons, du sein, leucémies...) est "beaucoup plus large" que celle retenue par la sécurité sociale, a fait valoir M. Morin.
D'une manière générale, a-t-il encore souligné, ce dispositif qui doit être sur le bureau du parlement avant la fin juin permettra d'éviter les procès "forcément longs et coûteux" mais, jusqu'à présent, seul moyen pour les vétérans d'obtenir réparation.
Pour le président de l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN), Michel Verger, ce plan présente des "avancées non négligeables" même si certains points sont perfectibles.
M. Verger s'est tout particulièrement félicité qu'aucun seuil d'irradiation n'ait été fixé ce qui "aurait exclu la quasi totalité des vétérans", tout comme du renversement de la charge de la preuve.
Pour autant, il a regretté que le ministère ait écarté l'idée d'une "commission nationale de suivi sanitaire des essais nucléaires" ou la formule d'un fonds de garantie similaire à celui mis en place pour les victimes de l'amiante et dans lequel siègent les associations.
Source : AFP

Commentaires
La raison de la non-reconnaissance des victimes françaises (militaires et civils), des 210 essais nucléaires, serait donc due, en grande partie, selon le Ministre de la défense à une peur de voir « la "volonté" du pays de se doter d'une force de frappe autonome en sortir "affaiblie" ». Etonnante réponse.
Les Etats-Unis ont en effet depuis les années 1960 mis en place des mesures d’indemnisations pour les populations civiles et les militaires. Les premiers concernés furent les 166 habitants de l’atoll de Bikini expulsés pour les besoins de 23 essais d’armes nucléaires. La première loi « Veteran Dioxin and radiation Exposure Compensations Act » est entrée en vigueur en 1984, suivi de nombreuses autres (dont celle de 1988 « Radiation Exposed Veterans Compensation Act »). Bien évidement ses législations n’ont jamais empêché les différents gouvernements démocrates comme républicains d’augmenter leurs arsenaux nucléaires et de conserver la dissuasion nucléaire comme dogme principal pour la défense des Etats-Unis.
Après un fort lobbying d’associations (AVEN, CDRPC) et de certains députés (principalement au départ des Députés Communiste et Vert, et aujourd’hui toutes les tendances politiques sont présentes dans les nombreux projets de lois déposés) ; « L'Etat est donc enfin contraint à prendre ses responsabilités » (voir 3 Questions à Jean-Marie Collin sur le site du nouvel Obs : http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...).
Cette infromation est très intéressante. Execusez-moi, mais je voudrais savoir si la France a déjà garanti certaines indémnités aux victimes locales dans la Polynésie. Je voudrais un enseignement par quelqu'un, s'il vous plaît.
Bonjour,
Non à ce jour, la population polynésienne victime des essais nucléaires n’a reçu aucune indemnité financière de la part de la France. Par contre, il y a eu certaines avancées sur le plan de la réhabilitation de sites comme les atolls de Totegegie, de Rikitea, de Taku, de Tureala et de Hao
Depuis juillet 2008, des militaires du Génie et de la Légion ont débuté des actions de démolitions de bâtiments appartenant au Centre d’Essais du Pacifique dans l’archipel des Gambier (différents atolls précédemment cités). Cela consiste dans la récupération et le retraitement de matériaux radioactif ou non (morceaux de ferrailles, abris en tôles, câbles, blocs de ciment des bunkers, de piste d’aviation). Le nettoyage de tous les sites devrait s’achever en avril 2009. Cependant les réhabilitations de l’atoll de Hao (900 km à l'est de Tahiti, cet atoll servait de base militaires avancée, c’est-à-dire de pont aérien et maritime pour le matériel à destination des atolls de Moruroa et de Fangataufa) vont s’étaler sur 7 ans. Le cout vient d’être estimé à 80 millions de dollars, suite à un accord signé en janvier 2009 entre le maire de cet atoll Suzanne Butcher, le vice-président polynésien Jules Ienfa et le Haut commissaire français à Papeete Adolphe Colrat.
En Polynésie, les vétérans ce sont regroupés au sein d’une organisation qui s’appelle Moruroa e Tatou (moruroaetatou.com/).
En espérant avoir répondu à vos interrogations.
Je vous remercie beaucoup pour votre enseignement très précis comme un article. J'ai appris beaucoup de choses. Je pense que c'est très bien que la France essaie à nettoyer les sites nucléairement préjugés et que les deux chef d'Etat ont eu un accord sur ce problème. Comme mon pays est le seul pays victime d'arme nucléaire, j'espère que les victimes en Polynésie soient réhabilités des dommages et soient offerts certains moyens adéquats pour cela. Merci beaucoup encore une fois.