NOTE : Les Etats-Unis et Obama à l’avant-garde de l’Occident ?
Par Multipol le jeudi 6 novembre 2008, 17:08 - Politique étrangère / Interculturel - Lien permanent
Alexis BACONNET
Le 4 novembre 2008, Barack Hussein Obama, 47 ans, est devenu le 44e président des Etats-Unis. Premier afro-américain à occuper ce poste, il a été élu par 349 mandats de grands électeurs (contre 163) ainsi que par la majorité du peuple. Ce pays, si décrié internationalement, continue de susciter surprise et admiration.
Né de l’union d’un père noir et Kenyan avec une mère blanche et américaine, Barack Obama a vécu quatre années en Indonésie durant son enfance, avant de suivre des études de droit, d’abord à l’Université de Columbia, puis à l’Université de Harvard. Il commencera par travailler dans l’action militante à finalité sociale, au sein des quartiers pauvres de Chicago avant de devenir professeur de droit au sein de l’Université de la même ville. Il est donc à la fois un intellectuel, conscient des problèmes sociaux de son pays et ayant appréhendé la vie dans un pays de l’hémisphère Sud.
Il faut souligner que c’est dans un pays composé d’environ 75% de Blancs pour seulement 13% de Noirs, ayant mis fin juridiquement à la ségrégation raciale en 1954 et dans lequel Blancs et Noirs pratiquent majoritairement l’endogamie que Barack Obama a été élu. En dépit de l’existence d’un communautarisme marqué aux Etats-Unis, les électeurs ont su voter pour un représentant de l’unité, issu, en partie, d’une minorité.
Il est aujourd’hui à la tête des Etats-Unis, unique superpuissance mondiale, pôle attracteur d’individus issus du monde entier et centre de gravité de l’Occident. Même s’il demeure avant tout un citoyen américain, le symbole est extrêmement fort et emblématique de ce que peuvent aussi produire l’Amérique et l’Occident. Car l’entité si décriée de l’Occident, c’est aussi la seule civilisation d’ampleur mondiale abritant en son sein des groupes ethniques et des confessions issus de la terre entière.
Fort de cette nouvelle responsabilité, Barack Obama doit désormais faire face à de nombreux enjeux. Il hérite d’une hostilité mondialement répandue à l’égard des Etats-Unis, fruit d’un unilatéralisme exacerbé et d’une tentative hégémonique de remodelage du Moyen-Orient. Il hérite également des guerres d’Afghanistan et d’Irak, de la crise économique et des problèmes du système de santé. Mais Barak Obama a également promis une baisse des impôts. Il annonce ainsi plus d’intervention de l’Etat, avec moins d’impôts, le tout sur fond de crise économique. Au vu de l’ampleur des problèmes à affronter, la liesse que représente son élection, ainsi que la majorité démocrate au Congrès, ne seront pas de trop.
Au sujet de la guerre d’Irak, Barack Obama propose un « retrait responsable » sous 16 mois en faisant appel à une coalition régionale, incluant l’Iran, afin de stabiliser le pays et la région. Il propose également de se focaliser sur le théâtre afghan et la traque d’Al-Qaida. Il se dit prêt à dialoguer avec Téhéran mais demeure ferme au sujet d’un programme nucléaire militaire. Cependant, il apparaît peu probable que la politique extérieure américaine change fondamentalement : quelle que soit la majorité au pouvoir, l’intérêt national demeure le même.
Quoi qu’il en soit, l’élection d’un Noir – dont le père, athée, avait reçu une éducation musulmane – à la présidence des Etats-Unis, bat en brèche les critiques issues de l’antiaméricanisme primaire, brossant généralement le portrait d’un pays réactionnaire et raciste. Il est important de ne pas seulement parler en mal de l’Amérique et de saluer son avance permanente sur le reste du monde ainsi que sa bonne santé démocratique, en dépit des exaspérations suscitées par son comportement sur la scène internationale. Le paradoxe américain est sans doute de générer autant d’exaspération que de fascination. Plus que jamais, les Etats-Unis restent un pays surprenant de dynamisme et d’initiative, et risquent de demeurer encore longtemps un lieu d’attraction privilégié pour les déçus des autres sociétés.

Commentaires
Un autre rêve est possible,
Un rêve global que ferait le monde entier !
L’observation de la dernière élection présidentielle américaine a été pour moi une révélation. Mon féminisme, c’est-à-dire ce désir de voir élu, un jour, le plus grand nombre possible de Présidentes à travers le monde a été plus intense que mon attachement au vote pour un membre quelconque d’une communauté qui serait la mienne en raison de ma couleur de peau. Je confesse volontiers, donc, avoir souhaité l’investiture de Hillary Clinton, tout le temps de la Convention démocrate.
Je n’en suis pas peu fier puisque Barack H. Obama a bien mené la campagne d’un homme politique américain, candidat au suffrage de tous les Américains. Et il a été élu par un pourcentage de ses concitoyens blancs, autrement plus important que celui de tous les électeurs noirs réunis qui, de toute façon, n’ont pas, à 100%, voté Démocrate. President of The United States of America, il l’est bel et bien devenu grâce à sa personnalité et à ses compétences supposées d’homme d’État et non pour sa couleur qui n’est pas plus ni moins vertueuse que la blanche ou la jaune.
Et c’est bien pour cela qu’il n’est pas inutile de rappeler le rêve du pasteur Martin Luther King sans le galvauder pour autant comme on est si prompt à le faire en ce moment dans tous les milieux :
« … Je fais le rêve que mes quatre enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau mais pour leur personnalité !… Je fais un rêve… »
Et c’est bien pour cela aussi que pendant, au moins, quatre ans – s’il est bien protégé et il n’y a pas de raison de douter qu’il le sera –, Barack H. Obama présidera aux destinées de l’Amérique et, dans une certaine mesure, au sort du reste du monde avec toutes les qualités et les « quelques » défauts de ses prédécesseurs. Il faudrait juste lui souhaiter qu’ils soient à peu près les mêmes que chez les plus illustres d’entre eux. Tant l’hypothèse qu’il puisse faire pire que le dernier en date paraît hors d’atteinte du plus commun des présidentiables américains!
Bien sûr, certains ont déjà trouvé à redire au rouge et noir des habits de Michelle Obama et de ses filles, le jour on ne peut plus solennel de l’élection de leur époux et père. D’autres ne tarderont pas à faire remarquer, même à tort, dans les moindres décisions du nouveau président, des soi-disant atavismes de ses origines à moitié noires. Les mêmes qui – à juste raison, du reste – n’ont jamais taxé de blanche ni de texane la gestion catastrophique des affaires américaines et mondiales de George W. Bush durant ses huit trop longues années passées à occuper le Bureau Ovale.
Le rêve célèbre ayant donc connu un début de réalité en ce mémorable 5 novembre 2008 avec l’entrée programmée le 20 janvier 2009 à la Maison Blanche de Barack Obama, citoyen et sénateur noir – métis, pour être exact –, je ne résiste pas un seul instant à l’envie d’inviter le monde entier à entamer sans plus attendre un autre rêve. Un nouveau rêve, bien « éveillé » lui aussi, un rêve à ce point total, mondial, global même, comme on dit de nos jours, qu’il se démultiplierait en divers autres pouvant paraître aussi utopiques que les vœux pas du tout pieux, en définitive, du pasteur noir américain, d’il y a quarante-cinq ans.
Faisons le rêve que Lansana Conté en Guinée-Conakry, Omar Bongo au Gabon, Paul Biya au Cameroun, Robert Mugabe au Zimbabwe, Abdelaziz Bouteflika en Algérie, pour ne citer que les dinosaures les plus emblématiques des chefs d’État africains entonnent d’ici à Noël 2008 et au Nouvel An 2009 ce credo : « To change their leaders, all our countries need ! And Yes, all together, we can do it right now ! Traduction: De changer leurs chefs, tous nos pays ont besoin ! Et oui, tous ensemble, nous pouvons le faire immédiatement ! »
Faisons le rêve qu’en République démocratique du Congo et dans tous les territoires des Grands Lacs, aux alentours, les colonnes humaines en déshérence, sacrifiées qu’elles sont aux ambitions tragiques des Kagamé, Kunda et autres Kabila regagnent leurs foyers et qu’ils n’aient plus jamais à les quitter.
Faisons le rêve d’une fraternité et d’une envie de vivre ensemble retrouvées au Darfour et au Soudan, inspirées par le « Africa must unite » du chantre du panafricanisme Kwame NKrumah.
Faisons le rêve qu’en ces temps de libéralisme triomphant redeviennent camarades, comme du temps de l’Internationale socialiste révolutionnaire, Européens de l’Est, Africains et Américains du Sud et que des manifestations ne soient plus organisées voire des crimes racistes perpétrés à l’encontre des Noirs étudiant ou résidant à Moscou, à Pékin, à Berlin, à Prague ou à Budapest...
Faisons le rêve que l’île de Haïti ne soit plus abandonnée aux cyclones, aux divers tremblements et autres effondrements après l’avoir longtemps été entre les mains sanguinaires de Papa Doc et du Bébé du même nom et sous les matraques de leurs tontons macoutes.
Faisons le rêve que des visages émaciés d’enfants d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’Est et de partout ailleurs dans le monde ne soient guère dévorés par les mouches de la saleté, de la faim, de la malnutrition, de la misère et de la maladie !
Faisons le rêve que s’éteignent enfin tous les brasiers du Proche, du Moyen et de l’Extrême Orient et que ne s’en allument plus jamais d’autres.
Faisons, enfin, le rêve que « l’investissement » dans l’humain soit à l’avenir plus important que celui dans la spéculation financière. Et que, d’un côté du monde, ne continuent pas de s’édifier des murs, alors que de l’autre côté, des nécessiteux ne songent qu’à les escalader au péril de leur vie – au pire –, au risque de se voir au – mieux – tôt ou tard renvoyé, menotté, dans leur misère d’origine et leurs enfants exfiltrés sans ménagements des écoles « indûment fréquentées »…
Et pour en revenir à l’élection de Barack H. Obama, il restera à rêver
Qu’au nom d’un certain droit d’aînesse, sensible déjà chez quelques chefs d’État
Ou à cause d’injonctions à faire comme-ci ou à ne pas faire comme-ça de quelques autres, gesticulant, récriminant à propos de tout et tirant plus vite que leur ombre
Et dont on peut se demander, parfois, s’ils ne sont pas nostalgiques, pour certains d’entre eux, des idéologies sombres de l’histoire,
On ne braque pas très vite le nouveau Président américain, a priori le plus ouvert à la multipolarité du monde.