Alors que la volonté de tous les acteurs politiques ivoiriens d’aller au plus vite aux élections est sans cesse réaffirmée, les bailleurs de fonds et l’administration new-yorkaise de l’ONU traînent étrangement des pieds. C’est une véritable épreuve financière que doivent affronter les autorités ivoiriennes, d’autant que l’Etat ivoirien ne peut encore compter sur plusieurs dizaines de milliards de francs CFA de rentrées financières des douanes du Nord du pays toujours contrôlées par les Forces nouvelles.

Les dernières applications de l’accord de Ouagadougou

La dernière réunion du Comité d’évaluation et d’accompagnement (CEA) de l’accord de Ouagadougou s’est tenue les 15 et 16 septembre dans la capitale du Burkina Faso. Elle a traité, en particulier, des effectifs de la future armée nouvelle et de l’unicité des caisses de l’Etat. Sur ces deux points, des décisions devraient être arrêtées le 3 octobre. Pour l’heure, le chef d’Etat burkinabé Blaise Compaoré, président en exercice de la CEDEAO et à ce titre facilitateur, a estimé que 5000 éléments des Forces nouvelles (ex-rébellion) pourraient être intégrés progressivement dans l’armée nouvelle ivoirienne. L’armée ivoirienne compte aujourd’hui 18 000 hommes. Selon un accord antérieur, 600 hommes, issus des FN, devraient rejoindre la police et la gendarmerie. Ces chiffres confirment que les effectifs annoncés de l’ex-rébellion étaient largement surestimés.

Toutefois, l’opération désarmement est en panne et le maintien de commandants de zones militaires dans le Nord du pays ne facilite pas le redéploiement de l’administration et des autorités de l’Etat dans l’ensemble du territoire. Malgré l’envoi d’agents du service des douanes dans le Nord du pays, ceux-ci sont toujours empêchés de travailler en septembre 2008. L’unicité des caisses de l’Etat n’est toujours pas rétablie alors qu’un comité technique pour son rétablissement a été mis en place dès le 27 décembre 2007 !

En ce qui concerne le désarmement, au 23 août 2008, 11 366 éléments des Forces nouvelles avaient été regroupés dont 7 600 démobilisés. Malgré les engagements non tenus à ce jour des bailleurs de fonds, l’absence de financement du Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire, dont le coût est estimé à 44 milliards de francs CFA, et du Service civique national, entrave le mode opératoire de désarmement et de stockage des armes, et alimente la grogne, voire la fronde de membres des Forces nouvelles. Quelques centaines de ces derniers, regroupés autour du caporal Diaby sur des revendications financières fantaisistes, ont notamment voulu paralyser la ville de Bouaké à plusieurs reprises entre le 18 et le 25 août, s’estimant trahis par le dirigeant des FN Guillaume Soro, actuel Premier ministre.

C’est pour la même raison que le processus d’identification et d’enrôlement des électeurs n’a pu débuter que le 15 septembre dans la capitale Yamoussoukro, et sept villes pilotes, Ferkessédougou, Bouna et Man dans le Nord du pays, Gagnoa, Dabou, Tabou et Grand Bassam dans le Sud. En effet, l’essentiel du matériel de la SAGEM, qui devait être acheminé par avion par les soins de l’ONU dans les premiers jours d’août, n’est parvenu au port d’Abidjan qu’à la fin du mois après de rocambolesques transports terrestres entre le Nord et le Sud de l’Europe de Rotterdam à Brindisi et retour. Le site central de l’Office national d’identification, sis dans la commune d’Abidjan Plateau, a été rendu opérationnel grâce à un engagement de plus d’un milliard de francs CFA de l’Etat ivoirien, l’ONUCI, qui devait l’aménager, se contentant de financer 35 climatiseurs.

Ces opérations d’identification et d’enrôlement, symboliquement lancées par le chef de l’Etat à Yamoussoukro à la mi-septembre, doivent s’achever en principe le 30 octobre, une période de quarante cinq jours étant techniquement incompressible pour toutes les équipes déployées sur l’ensemble du territoire. Des audiences foraines de rattrapage avaient été lancées pour deux semaines à partir du 27 août. Onze mille lieux de vote environ ont été identifiés qui accueilleront près de vingt-deux mille bureaux de vote contre moins de seize mille cinq cents en 2000.

Afin de rattraper le retard pris, un accord politique devait être conclu entre l’ensemble des parties ivoiriennes pour réduire à quinze jours le délai entre la publication des listes définitives et le vote.


Lire le texte dans sa version intégrale.


Copyright : © 2008 Guy LABERTIT. Tous droits réservés.

Mode officiel de citation : Guy LABERTIT, « Côte d'Ivoire : l'épreuve financière avant les élections », Multipol, septembre 2008, <http://www.multipol.org>.