ANALYSE : Et si la Mauritanie refusait la démocratie !
Par Multipol le vendredi 19 septembre 2008, 11:04 - Politique étrangère / Interculturel - Lien permanent
Mohamed Saleck OULD BRAHIM
Depuis le début de sa longue marche, à partir d’Athènes en 507 avant J.C., jusqu’au putsch du 6 août 2008 à Nouakchott, la démocratie occidentale demeure le système politique de gestion de la cité le moins mauvais de tous. Ne serait-il pas étrange alors, de voir de nos jours des tyrans qui semblent si préoccupés par son perfectionnement ? Comment donc, distinguer la vraie foi de l’erreur des hérésies ? La junte militaire qui vient de porter un coup de grâce contre la toute jeune démocratie mauritanienne semble bien en avoir une autre idée.
Aux aguets, cette junte militaire et son cheval de Troie de parlementaires "révisionnistes", aux commandes d’un pouvoir acquis par la force depuis un mois, se livrent inexorablement à un exercice fatidique de tentative de survie au péril de la nation. Face à une opinion publique internationale, de plus en plus intransigeante contre leur putsch, ils mettent les bouchées doubles pour soustraire un maximum de soutien populaire tout-venant auprès d’une population dépourvue. Désormais, tous les moyens sont bons pour susciter l’approbation d’un coup d’État indigeste, perpétué contre la légalité constitutionnelle. Bien concoctées et savamment peaufinées, les "bouffées" de soutien populaire sont mises en scène par des médias publics insatiables, à travers d’interminables tubes relayées par la télévision et la radio à plein temps. L’objectif tactique primo de la junte est de présenter le coup d’État, non pas "tel quel", comme une action violente et illégitime visant à démolir la démocratie, mais plutôt avec un charmant "new look" sournois. D’où, tout le vacarme médiatique pour "vendre" ce coup d’État de trop au prix d’un acte de redressement indispensable, une entreprise "salvatrice" pour soit disant perfectionner une démocratie qui était fatalement en panne.
Lire le texte dans sa version intégrale.
Copyright : © 2008 Mohamed Saleck OULD BRAHIM. Tous droits réservés.
Mode officiel de citation : Mohamed Saleck OULD BRAHIM, «Et si la Mauritanie refusait la démocratie !», Multipol, septembre 2008, <http://www.multipol.org>.

Commentaires
Le coup d'Etat et son caractère antidémocratique est toujours une question de point de vue. Pardon à tous d'être à ce point objectif, quite à paraître cynique, mais du point de vue des poutchistes, ce n'est jamais qu'un redressement par rapport à la situation antérieure jugée inadaptée. Par exemple, lorsque l'Armée turque capture le pouvoir politique en 1982 , elle prétend (et peut-être à juste titre) vouloir préserver la démocratie des islamistes... Le fait que la même armée turque ne l'ait pas conservé trop longtemps et l'ait rendu aux autorités civiles semble confirmer sont argument, mais la démocratie comporte en elle-même un risque: celui que le peuple ou ses représentants fassent de mauvais choix. Ainsi, le coup d'Etat turque de 1982 ne saurait, à tout le moins, être qualifié de protecteur de la démocratie, quelques soient les motifs qui ont poussé les instances militaires à intervenir.
C'est pour cela que la fin de votre article est particulièrement intéressante: vous montrez comment les actuels auteurs du coup d'Etat maquillent leur intervention en coup d'éclat héroïque, quite à mettre en scène un pseudo soutien populaire afin de le faire concorder avec l'idée d'une libération du peuple du joug de l'ancien système.