ANALYSE : Quel avenir pour la médiation électorale en Afrique ?
Par Multipol le dimanche 3 août 2008, 09:08 - Politique étrangère / Interculturel - Lien permanent
Komi TSAKADI
Depuis le début des années 1990, la quasi-totalité des pays africains sont contraints d’organiser des élections multipartistes pour légitimer leurs régimes. Le bilan de ces processus électoraux reste mitigé, car ces élections ne débouchent pas nécessairement sur la démocratisation de nos pays ni sur l’alternance. Pire encore, ces élections sont bien souvent source de conflits politiques et de répressions sanglantes. L’exemple zimbabwéen vient une nouvelle fois apporter la preuve que les élections représentent des périodes de tensions sociales et politiques qui peuvent conduire à des conflits internes ou même régionaux.
Dans ce contexte, le recours à une médiation internationale post-électorale, qui tend à se généraliser sur le continent, et qui vise à amener les acteurs politiques concurrents à la suite de ces élections à former un gouvernement d’union nationale (cohabitation à l’africaine), ne règle en rien la crise politique, laissant subsister les germes de conflictualité qui se réveilleront lors des élections suivantes, quatre ou cinq ans après, sans oublier qu’il est difficile aux partis de l’opposition qui cohabitent à l’africaine de renaître de leurs cendres. Et c’est à juste titre que le principal parti d’opposition parlementaire au Togo (Union des Forces de Changement) qui vient de désigner son candidat (Gilchrist Olympio) à l’élection présidentielle de 2010, réclame à grands cris des discussions directes avec le parti au pouvoir sur des reformes consensuelles en prélude à ces présidentielles de 2010 en sollicitant (sans succès) le médiateur burkinabé (le président Blaise Compaoré). Pourtant, plusieurs observateurs de la scène politique du Togo s’accordent à dire que, sans ces reformes, les prochaines échéances présidentielles risquent d’être particulièrement conflictuelles compte tenue de la tradition d’élections violentes et contestées dans ce pays.
La médiation électorale est le recours à une tierce personne pour régler les conflits relatifs au processus électoral. Il s’agira pour le médiateur de servir d’intermédiaire entre les partis politiques d’opposition et le gouvernement afin d’apaiser les tensions pré et post-électorales et formuler des propositions relatives au bon déroulement des élections. Comme l’admet Robert Pastor , son implication peut conduire à la réussite d’une élection en aidant le gouvernement et l’opposition à s’accorder sur des points divergents en vue de l’organisation d’élections libres et transparentes et de garantir la sécurité des populations.
Il importe donc de repenser la pratique de la médiation électorale dont les fondements politiques et juridiques sont indéniables, afin de pallier l’échec de l’observation internationale des élections qui s’est révélée inadéquate pour prévenir ou gérer ces crises électorales , et surtout, pour éviter que les résultats électoraux soient falsifiés avec pour corollaire des contestations et des répressions sanglantes.
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