Depuis une dizaine d’années, la norme de la diversité culturelle, terme non usuel du droit international, s’est « imposée » comme une des priorités de la société internationale. Elle fait florès dans le langage actuel et connaît une utilisation intensive. Elle s’inscrit au cœur des interrogations sociétales et civilisationnelles.

Depuis l’intégration de la diversité culturelle dans l’agenda de l’UNESCO, les deux instances internationales, UNESCO et OMC (descendant du GATT) – émanant de la même matrice conjoncturelle historique mais fondées sur un statut institutionnel et une philosophie différents – s’arrogent le droit de gérer la question épineuse et ambivalente de la circulation des biens/services culturels à l’échelle planétaire. Exprimé autrement, elles sont en quête de l’établissement d’un difficile équilibre entre le commerce international et la diversité culturelle, entre les nuances sociologique/anthropologique et économique de la culture. Il n’est donc pas étonnant que la diversité culturelle et le commerce international, qui se côtoient dans le champ lexical du nouveau discours sur le développement, finissent par être considérés comme nécessairement complémentaires.

D’une culture définie comme symbole rassembleur, l’on constate le glissement vers un concept d’industrie culturelle, qui revêt une caractéristique marchande. Ce changement a de profonds effets sur les politiques culturelles qui doivent, elles aussi, se redéfinir et s’adapter à cette nouvelle réalité. Les « porteurs de la culture » rassemblent maintenant - aux côtés des traditions, de la langue, du folklore, de la littérature, etc. - le cinéma, la télévision, les enregistrements sonores, les nouveaux médias et les médias numériques.

Une question reste posée : comment protéger et promouvoir la culture tout en respectant les accords commerciaux et en favorisant les échanges ? Une autre s’impose : quels sont les instruments nationaux, internationaux ou supranationaux permettant de la faire ? En toile de fond, il en existe une autre : qu’est-ce que la culture ? L’urgence de cette interrogation est motivée par le constat que la diversité propre à l’espèce humaine depuis la malédiction (ou la bénédiction) de Babel prend sous nos yeux une autre figure. La disparition accélérée des langues et des grandes aires linguistiques qui sont autant de visions du monde, nous pose la question redoutable de savoir quel espace public ou planétaire agencer, préserver ou créer, refermer ou développer.

L’ irréductible différence des hommes, des cultures, des langues, des histoires, des cultes, des croyances, des valeurs, toutes choses formant ce que l’on appelle aujourd’hui des identités multiples, éveille à une conscience de plus en plus grande de la diversité humaine. Au-delà des notions traditionnelles d’Empire, d’Etat ou de Nation souverains, une nouvelle communauté d’hommes dépassant toute frontière est en train de naître sous nos yeux avec des sociétés de plus en plus interdépendantes dont les membres sont autant des associés coopérant sous la tutelle du capitalisme mondial, que des frères et à l’occasion même des adversaires voire des ennemis, en fonction de curiosités et d’intérêts communs qui les rapprochent ou les divisent. La question de l’identité devient alors un concept clé dans l’élaboration des rapports entre des cultures voire des civilisations différentes et la compréhension qu’elles ont les unes des autres. Car l’identité désigne la perception que les gens ont d’eux-mêmes et des caractéristiques fondamentales qui les définissent comme êtres humains dans leurs rapports de similitude et de différence par rapport aux autres et à eux-mêmes. Posons d’emblée la définition de la culture dont tout découle.



Ce texte est un extrait de la communication de Jean-Baptiste HARELIMANA à l'occasion du Ier Colloque du réseau de l'Université d'été des droits de l'Homme, organisé par le Collège Universitaire Henry Dunant les 17 et 18 mars 2008.