ANALYSE : Bilan de quatre années de PSI (Proliferation Security Initiative)
Par Multipol le mardi 5 février 2008, 10:42 - Sécurité internationale et défense - Lien permanent
Irving LEWIS
Le 10 juin 2007, dans un article publié sur son site internet, le journal britannique The Observer, révélait le démantèlement d’un marché noir de vente d’uranium hautement enrichi, impliquant une société du royaume, à l’Iran avec le Soudan comme point de transit des approvisionnements. Même si ce genre d’information est à prendre avec beaucoup de pincettes, surtout parce qu’il s’agit de la question iranienne, il n’en demeure pas moins vrai que la situation a un air de déjà vu !
Et pour preuve, l’interception d’un navire allemand, le BBC China, en octobre 2003, débouchant sur la découverte de nombreux matériels nucléaires permettant de construire des centrifugeuses, destinées à enrichir de l’uranium, à destination de la Libye, avait alors permis de dévoiler l’existence, l’ampleur et la portée du plus grand réseau clandestin de prolifération nucléaire de l’histoire, mis en place le désormais célèbre scientifique pakistanais, Abdul Qaader Khan. Pour Washington, l’opération est à mettre au crédit de la Proliferation Security Initiative (PSI). Est-ce également le cas de l’affaire révélée par le quotidien londonien ? On ne le sait pas encore. Peut-être ne le saura t-on jamais ! Ce qui amène à se poser deux questions primordiales à son propos : quatre ans après son lancement, quel bilan dresser de l’initiative ? Quelles sont les perspectives envisageables pour les prochaines années ? Cet article tentera d’y apporter des éléments de réponses.

Commentaires
Bonjour,
Votre analyse est très intéressante et définit largement le concept de la PSI. Mais comme vous l’indiquez il est impossible de savoir si cette initiative, à l’origine américaine, a un impact positif dans la lutte contre la prolifération nucléaire. L’absence de contrôle sur la PSI laisse donc planer un doute sur son efficacité… Par ailleurs, on peut s’interroger sur le fait que la PSI soit globalement tournée exclusivement vers quelques pays (Corée du nord, Iran, Syrie) et également si la PSI n’assure pas un « complément » dans la lutte contre le terrorisme international pour Washington ?
La PSI, vient se rajouter à de nombreux traités, accords, en vigueur depuis plus de 30 ans pour lutter contre la prolifération nucléaire, la vente de technologie duale, l’exportation de missiles balistiques (TNP, Comité Zangger, le Groupe des fournisseurs nucléaires, le Régime de contrôle de la technologie des missiles, l’arrangement de Wassenaar, la réglementation européenne, …) sans compter les différents embargos sur les ventes d’armes et de technologies sensibles qui peuvent toucher certains pays. Cet empilement de mesures censées contrôler et empêcher la prolifération d’ADM et de technologie balistiques laisse donc interrogatif sur leur bon fonctionnement.
Après tout, au départ le monde ne connaissait jusqu’en 1962 que 5 puissances qui possédaient les technologies nucléaires militaires et civiles. Et Pourtant, en 2008 on dénombre 8 puissances nucléaires, un pays qui dispose du savoir faire et de la technologie nucléaire (Corée du Nord), une trentaine d’autres qui selon le CTBT pourraient en raison de leurs technologies nucléaires civiles disposer d’un armement nucléaire en un temps restreint, etc, etc
La remise en question de certains Etats sur leur politique de transfert de savoir faire pourrait sans nul doute éviter à l’avenir une nouvelle vague de prolifération, tant dans les domaines nucléaires que balistiques. Mais ceci reste malheureusement soumis plus à un rapport de force économique qu‘à une volonté « de prévenir la prolifération des ADM, de leurs vecteurs et des matériels connexes ». Concrètement, si une action de la PSI permet d’intercepter « du matériel devant être exporté vers l’Iran et destiné à alimenter ses programmes balistiques », dans le même temps, la Russie va exporter légalement des missiles antiaériens S-300, Thor M-1….
Jean-Marie Collin