NOTE : L'Afrique fait entendre sa voix face à l’Union européenne au sommet de Lisbonne
Par Multipol le mardi 11 décembre 2007, 11:16 - Diplomatie multilatérale - Lien permanent
Catherine MAIA
Le 9 décembre, Européens et Africains ont adopté à Lisbonne les principes d'un partenariat «d'égal à égal», censé ouvrir une nouvelle page de leurs relations, au terme d'un sommet de deux jours où l'Afrique a fait entendre ses exigences, parfois avec véhémence, sur cet avenir commun.
Depuis le premier sommet euro-africain du Caire en 2000, l’organisation d’une seconde édition butait sur l’épineuse question du Zimbabwe, dont le Président Robert Mugabe, viole les droits humains et insulte régulièrement l’Occident en général. Pour assurer la tenue du sommet, la présidence portugaise a invité Robert Mugabe, malgré les sanctions européennes dont il fait l’objet, suscitant le boycott de Gordon Brown, le Premier ministre britannique.
Le deuxième sommet UE-Afrique «a véritablement tourné une page dans l'histoire», a déclaré le Premier ministre portugais José Socrates dans son discours de clôture. «C'est vrai que l'histoire de nos continents est une histoire avec des souffrances», a-t-il reconnu, mais «cette nouvelle page qui s'ouvre est une page vierge sur laquelle nous serons appelés à écrire».
Le président ghanéen John Kufuor, président en exercice de l'Union africaine, a également jugé qu'il s'agissait d'un «événement historique dans les relations UE-Afrique», tout en réclamant que le partenariat adopté soit «sérieusement mis à l'œuvre». La «stratégie conjointe», adoptée par 27 pays européens et 53 pays africains et résumée dans une Déclaration de Lisbonne, est accompagnée d'un plan d'action pour les trois prochaines années, avant un prochain sommet prévu en Afrique et que la Libye souhaite organiser.
Pour le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, ce nouveau partenariat a vocation à aider l'Afrique à sortir de son «rapport inégalitaire avec le reste du monde». «L’Afrique n’a pas besoin de charité ni de paternalisme». Elle veut devenir un partenaire à part entière, au Conseil de sécurité de l’ONU comme dans la mondialisation des échanges, a-t-il ajouté.
Alors que l'Europe reste le premier partenaire commercial de l'Afrique, elle subit effectivement de plein fouet la concurrence de puissances émergentes, la Chine en tête.
Or, près d'un demi-siècle après les indépendances, les relations entre l'Afrique et l'Europe sont bien plus complexes, voire sensibles, que celles nouées avec ces nouveaux partenaires, et les contentieux n'ont pas manqué d'éclater au grand jour.
Le passif colonial a été un sujet particulièrement sensible. Dans une intervention très remarquée à l'ouverture du sommet, M. Konaré a exigé un «devoir de mémoire vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de l'apartheid, du génocide rwandais».
À la clôture du sommet, le Président Zimbabwéen, Robert Mugabe, s’est notamment livré à une violente diatribe contre l'Union européenne, par laquelle il a dénoncé «l'arrogance» et le «complexe de supériorité» de l'UE et de quatre pays en particulier (Allemagne, Suède, Danemark, Pays-Bas) qui ont critiqué la situation des droits de l'Homme dans son pays. «Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie», a lancé M. Mugabe, soumis à des sanctions européennes depuis 2002.
Les questions épineuses de la libéralisation du commerce, que les Européens veulent imposer à l'Afrique, et des accords de partenariat économique ont également occupé une grande place lors de ce sommet, M. Konaré dénonçant le «forcing» des Européens dans les négociations avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).
L’Afrique et l’Europe ont jusqu’au 31 décembre 2007 pour mettre leurs accords commerciaux préférentiels en conformité avec l’Organisation mondiale du commerce. Pour les pays à revenus intermédiaires (Côte-d’Ivoire, Cameroun, Namibie, Ghana ou Kenya), les nouvelles règles se traduiront dès le 1er janvier 2008 par des amendes ou une perte dramatique de revenus fiscaux.
La Commission européenne a fait un geste dimanche en acceptant de discuter début 2008 des inquiétudes de ces pays, qui craignent notamment que l'abaissement progressif des tarifs douaniers sur les importations de produits européens ne fragilise encore leurs économies.
Concernant le Darfour, les Européens ont enfin demandé au Président soudanais Omar el-Béchir qu'il facilite le déploiement de la force de paix ONU-UA dont il refuse pour le moment la composition proposée par les Nations Unies.
De leur côté, les Africains demandent à l’Union européenne de débloquer plus de fonds, et plus vite, pour les 26 000 hommes de la force UA-ONU devant se déployer l’an prochain dans l’ouest du Soudan. Mais ils s’opposent à l’envoi de contingents non africains (Norvège, Thaïlande ou Népal), à l’exception de la Chine et du Pakistan. Les Européens, dont Nicolas Sarkozy, ont rappelé que la force mixte ne saurait être purement africaine.

Commentaires
Les relations entre l'Afrique et ses nouveaux partenaires sont généralement plus pragmatiques et terre à terre. Il semble bien évident que lorsque la Chine traite avec un pays africain, elle ne peut se payer le luxe de considérations ou de conditions liées aux droits de l'homme, car elles seraient, pour le moins, mal venues de sa part. En parallèle, elle ne s'en sert pas pour légitimer certaines clauses contractuelles... Par ailleurs, les nouveaux partenaires des pays africains ne sont pas intervenus dans la colonisation du continent africain et ne souffrent donc pas d'arrirères pensées qui plombent les relations de la majeure partie des membres de l'Union avec le continent africain. Et-ce pour autant un mieux, pas sûr...
Par ailleurs, s'il est vrai que les 6 fondateurs de la CEE avaient tous un passé d'ancienne puissance coloniale à assumer, tel n'est pas le cas de la majorité des membres actuels de l'UE: ni l'Irlande, ni la Grèce, ni les PECO ne peuvent souffrire de telles critiques. Le discours de l'Afrique concernant l'UE doit donc en tenir compte et perdrait en crédibilité faute de le faire. Si les pays de l'Union européenne ayant un passé colonial ont souvent été de mauvaise foi dans leur prétendue relation d'égal à égal, eut égard, notamment, à l'appartenance au Commonwelth et à la politique de coopération que la France avait imposée à ses anciennes colonies comme condition sine qua non de leur indépendance de papier, il semble que les pays africains jouent aussi la carte de la mauvaise foi en reprochant à l'ensemble de l'Union européenne, telle qu'elle est actuellement composée, un passé commun et difficile...
Cette question est simple. L'afrique dit : "ne nous dites pas ce qui est bon pour nous. ça suffit". Ce que la Chine ne fait pas. En outre, je pense que les pays comme la Norvège, le Danemark et autres ont de bonnes relations avec les Etats africains et leur aide est souvent plus efficace. cette offensive de l'UE a pour but de contrer la Chine et l'Inde notamment. De quelle ouverture peut-on parler lorsque l'Afrique n'a qu'un tissu industriel embryonnaire... L'ouverture serait de ne plus subventionner l'agriculture européenne qui tue l'agriculture africaine, losrqu'on sait que ce secteur est important pour les pays africains. L'ouverture serait également de transférer les technologies, comme l'UE le fait en Asie ou en Europe de l'Est. or, depuis que les délocalisations existent, je n'ai jamais entendu qu'une entreprise européenne a délocalisé en Afrique en afrique où la main d'oeuvre est pourtant moins chère et où il existe des personnes bien formées. Cessons de faire de l'Afrique un grand enfant à qui on dit ce qui est bien pour lui. Cessons de faire de l'Afrique un continent-réservoir de la planète. Avec de telles considérations, l'UE a perdu a perdu la bataille économique en afrique. Enfin, les prestations des entreprises européennes coûtent cher. Ainsi, Bolloré vient de perdre les ports au Sénégal. Il en est de même dans d'autres pays. L'afrique ne veut plus payer au prix fort ce qu'elle peut avoir à prix réduit. Avec la mort de l'Afrique de papa, toutes les entreprises étrangères doivent se soumettre à la concurrence pour avoir des marchés en afrique. Véolia vient de perdre vien de perdre le marché de l'eau au cameroun au profit d'une enmtreprise marocaine, ses prestations étant deux fois supérieures. Et ceci va s'accentuer à l'avenir avec l'émergence d'une élite qui a étudié aux Etats-Unis et qui est sans complexes. A suivre.
A lire dans LE MONDE DIPLOMATIQUE du mois de janvier 2008, l'éditorial de Ignacio Ramonet, «L’Afrique dit "non"» (http://www.monde-diplomatique.fr/20...) :
Ainsi donc, au grand dam de l’arrogante Europe, l’inimaginable s’est produit : dans un élan de fierté et de révolte, l’Afrique, que certains croyaient soumise parce qu’appauvrie, a dit « non ». Non à la camisole de force des accords de partenariat économique (APE). Non à la libéralisation sauvage des échanges commerciaux. Non à ces ultimes avatars du « pacte colonial ».
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