ACTU : L’émissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme en visite en Birmanie
Par Multipol le mardi 13 novembre 2007, 09:18 - Droits de l'Homme / Droit humanitaire - Lien permanent
Jean-Jacques KONADJE
Le brésilien Paulo Sergio Pinheiro, émissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme effectue depuis le 11 novembre une visite en Birmanie suite à une invitation des autorités birmanes. Cette visite de cinq jours a pour objectif d’enquêter sur les abus commis durant la répression des manifestations de septembre dernier en faveur de la démocratisation.
Ce haut fonctionnaire des Nations Unies, qui effectue sa première visite depuis quatre ans, aurait soumis à la junte birmane une liste de prisons qu’il souhaite visiter au cours de son séjour, afin de déterminer le nombre de personnes qui ont été emprisonnées ainsi que leur condition de détention. En compagnie des représentants des autorités, il s’est tout d’abord rendu dans un monastère de Bago, situé à environ 80 km au nord de Rangoun, avant de retourner à la Pagode Shwedagon, sanctuaire le plus révéré du pays et qui fut le point de départ des manifestations géantes du mois dernier. Il se rendra à Naypydiaw, la nouvelle capitale située à environ 400 kilomètres au nord de Rangoun pour une série d’entretiens. Il rencontrera notamment le ministre des Affaires étrangères, le ministre du Travail et le comité des droits de l’Homme birman et sera reçu en audience par le Premier ministre birman.
La visite de M. Pinheiro survient quelques jours après la nouvelle mission de médiation de l’envoyé spécial de l’ONU en Birmanie, Ibrahim Gambari, qui a incité la junte à entamer un véritable dialogue avec l’opposante Aung San Suu kyi. Sous la pression de la communauté internationale, les généraux birmans ont noué ces derniers temps des contacts avec Mme Suu Kyi. Lors d’une réunion le 8 novembre avec les cadres de sa formation, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) s’est déclarée disposée à coopérer et a estimé que le régime aspirait à la réconciliation nationale.
Pour les organisations de défense de droits de l’Homme, la visite de M. Pinheiro est une occasion de maintenir la pression sur la junte pour qu’elle libère tous les prisonniers politiques. Si, selon les medias officiels du Myanmar, 10 personnes ont péri dans la répression des manifestations, les gouvernements occidentaux estiment au contraire que le nombre réel des victimes est très certainement supérieur. Alors que les généraux birmans affirment que seules 91 des trois milliers de personnes interpellées dans la répression des manifestations de fin septembre croupissent encore dans les geôles, Amnesty International, qui appelle à la libération immédiate des prisonniers, estime que la junte militaire maintient jusqu’à présent en détention environ 700 prisonniers politiques. Les organisations de défense des droits de l’Homme pour leur part, confirment avoir reçu des informations faisant état de la détention de prisonniers, parmi lesquels figurent des enfants et de femmes enceintes dont la junte n’a jamais reconnu l’existence. Selon ces organisations, ces prisonniers seraient détenus dans des cellules surpeuplées, sans nourriture, eau, couverture, ni médicaments.
M. Pinheiro doit rendre compte de sa visite devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies lors de sa prochaine session, du 10 au 14 décembre, mais il tiendra d’ici là une conférence de presse à Bangkok, juste après la fin de sa visite.

Commentaires
M. Paulo Sergio n'est pas, à ma connaissance et comme vous l'indiquez 'Ce haut fonctionnaire des Nations Unies'. Il est un expert indépendant, professeur d'université réputé à l'USP de Sao Paulo au Brésil, travaillant bénévolement et non comme fonctionnaire. Il a été désigné rapporteur spécial de la Commission des droits de l'Homme, organisme dissout et remplacé par le Conseil des Droits de l'Homme. Le statut de ces rapporteurs spéciaux est toujours en débat, puisque les nouveaux enquêteurs portent maintenant le titre de 'Représentant spécial du Secrétaire général chargé de la question des droits de l'Homme'. Les anciens mandats de la Commisison restent en suspens et sont parfois continués, mais à la pièce.
Il s'agit d'un enjeu politique important, puisque ces experts tirent maintenant leur mandat du Secrétaire général et non plus de l'organe de défense des droits de l'Homme. Voir la désignation de l'américain John Ruggie, le père du Global Compact, (lieu de liaison des transnationales avec l'ONU) à titre de Représentant spécial du Secrétaire général chargé de la question des droits de l'Homme et des sociétés transnationales et autres entreprises, supplantant ainsi le mandat donné par le sous-comité de la Commission qui travaillait sur ces questions, mais avait eu le malheur de déplaire à la chambre de commerce britannique.