ACTU : Moines bouddhistes et civils manifestent contre la junte militaire en Birmanie
Par Multipol le lundi 24 septembre 2007, 09:52 - Crises et conflits - Lien permanent
Catherine MAIA
Le mouvement de protestation contre la junte militaire ne cesse de prendre de l'ampleur en Birmanie. Hier, ce sont 10 000 moines bouddhistes, soutenus par un nombre équivalent de civils, qui ont manifesté dans Rangoun, la capitale birmane. Il s’agit là du plus important défilé depuis le début, il y a maintenant cinq semaines, de la vague de protestation contre le coût de la vie, et plus généralement contre la junte militaire au pouvoir, après l'augmentation massive au mois d’août des prix des carburants et des transports en commun, qui affecte durement la population de ce pays.
La nouveauté de cette manifestation, est la présence de très nombreux civils aux côtés des moines. Pour la première fois en effet, des bonzes ou moines bouddhistes, accompagnés de religieuses, ont demandé à la population de se joindre à eux. «Nous marchons pour le peuple», ont scandé des moines, ajoutant : «nous voulons que la population se joigne à nous». Selon certains témoins, quelque 200 personnes ont formé une chaîne humaine devant des rangées de moines.
Fait exceptionnel, le 22 septembre, les autorités ont laissé environ 2 000 bonzes et civils passer devant la résidence de l’opposante Aung San Suu Kyi, la lauréate du Prix Nobel de la paix 1991, assignée à résidence depuis 2003.
Alors que débutera demain la 62ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, qui garde un œil attentif sur les événements en Birmanie, la première prise de position internationale dans ce dossier est venue de la Secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, qui a dénoncé hier à New York le régime «brutal» au pouvoir dans ce pays. Début septembre, le Président américain George Bush avait exhorté le régime birman à «cesser d'intimider les citoyens birmans qui promeuvent la démocratie et les droits de l'Homme, et libérer tous les prisonniers politiques, y compris Aung San Suu Kyi».

Commentaires
Il faudrait certes des pressions internationales très fortes pour soutenir l'action ô combien courageuse des moines birmans face à un pouvoir autoritaire. Rappelons malheureusement qu'il y a peu de moyens de pressions sur cette junte. Cela pourrait se finir dans un bain de sang sans qu'on puisse y faire grand chose. Les revenus de la junte sont ou illicites, ou proviennent de multinationales (Total...) Quant à la Chine, elle n'a aucun intérêt à y voir se développer une démocratie, puisqu'elle puise les ressources de ce pays à bas coût (tout en livrant des armes à une armée de 400.000 hommes qui a déjà montré qu'elle n'hésite pas à tirer sur les foules).
Ce qui était à craindre vient d'arriver : le régime birman a décidé de déployer sa force. En plus de l'instauration d'un couvre-feu, plusieurs personnes ont été arrêtées cette nuit, dont le plus célèbre des acteurs birmans, Zaganar. Des policiers et des soldats sont déployés dans Rangoun et bloquent aussi l'accès à la pagode Shwedagon. Pourtant, faisant preuve d’un courage exemplaire, de nouvelles manifestations de moines ont tout de même commencées. Entourés par une chaîne humaine de partisans, 200 moines bouddhistes auraient ainsi commencé à défiler...
Depuis NY, où s’est ouvert la 62e session de l’AG de l’ONU, les chefs d’État et de gouvernement suivent les événements de près dans ce pays. Alors qu’ils appliquent déjà en Birmanie un éventail de sanctions, allant de mesures à l'encontre des dirigeants à un embargo sur les armes et à d'autres mesures commerciales, les États-Unis comme l'Union européenne se sont déclarés prêts à renforcer leurs sanctions contre la Birmanie en cas de répression violente des autorités. Bush a réitéré la nécessité d’une transition démocratique en douceur dans le pays.
À l'issue d'une séance de consultations convoquée d'urgence sur la situation en Birmanie, le Conseil de sécurité a demandé hier aux autorités birmanes de faire preuve d’un maximum de retenue et de recevoir sans tarder l'envoyé spécial des Nations Unies, Ibrahim Gambari.
Cette mesure est le plus petit dénominateur commun qui a pu être obtenu, suite à la position réitérée de la Chine et la Russie selon laquelle les questions des violations des droits de l'Homme n'ont rien à voir avec les menaces à la paix et à la sécurité, seul domaine dans lequel le Conseil de sécurité a compétence.
«Pour la Chine et plusieurs autres membres du Conseil, la situation là-bas pose certains problèmes mais à ce stade, ces problèmes ne constituent pas une menace pour la paix et la sécurité régionales et internationales», a affirmé l'ambassadeur de Chine, Wang Guanya, ajoutant que des sanctions contre la Birmanie ne seraient pas utiles.
Dans la même lignée, le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué de presse que les événements en Birmanie ne présentaient «pas de danger pour la paix et la sécurité internationales et régionales» et étaient «une affaire interne».
En janvier dernier, Pékin et Moscou - fait rarissime - avaient tous deux utilisé leur veto au Conseil de sécurité pour bloquer un projet de résolution (d'inspiration américaine) condamnant les violations des droits de l'Homme en Birmanie.
Alors que les arrestations des participants aux manifestations se poursuivent à Rangoun, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, les trois membres permanents occidentaux du Conseil de sécurité de l'ONU, ont fait circuler vendredi 5 octobre un projet de déclaration visant à condamner «la répression violente» exercée contre les manifestants par la junte birmane et à exiger la libération des prisonniers politiques.
Ce projet de déclaration a été distribué après le compte-rendu de l'émissaire spécial de l'ONU, Ibrahim Gambari. Ce dernier revient de Birmanie, où il a rencontré l'opposante Aung San Suu Kyi et le chef de la junte militaire qu’il a mis en garde contre les «conséquences internationales sérieuses» de son action.
Bien que, à différence d'une résolution, une déclaration n'ait pas force légale, si un texte «musclé» était approuvé par la Chine, alliée économique de la Birmanie, cela enverrait un signal fort aux généraux birmans.