ACTU : La France n’écarte pas une guerre contre l’Iran
Par Multipol le mardi 18 septembre 2007, 09:44 - Sécurité internationale et défense - Lien permanent
Catherine MAIA
Après deux résolutions du Conseil de sécurité votées à l'unanimité – la résolution 1737, en décembre 2006, puis la résolution 1747, en mars dernier –, les six grandes puissances impliquées dans les discussions sur le dossier nucléaire iranien (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) plancheront le 21 septembre sur un projet de résolution de l'ONU prévoyant de nouvelles sanctions contre l'Iran, face à son refus persistant de suspendre son programme d’enrichissement d'uranium.
L'urgence aujourd’hui motivée par la poursuite du programme nucléaire iranien et l’incapacité du Conseil de sécurité (où la Russie et la Chine semblent peu disposées à accroître encore les sanctions économiques contre Téhéran), à imposer ses décisions, ont provoqué un durcissement de la position de la France qui cherche d’autres options en dehors de l’ONU. Dans un discours le 27 août dernier, le Président français Nicolas Sarkozy avait appelé le régime iranien à se conformer aux obligations du Conseil de sécurité, en estimant que c’était le seul moyen d’échapper à une alternative catastrophique : «la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran». Dans la ligne droite de cette déclaration, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a indiqué le 16 septembre que, même si la voie de la négociation doit être privilégiée, le monde devait se préparer «au pire», c’est-à-dire à la possibilité d’une «guerre», si l’Iran persistait dans son refus de suspendre son programme nucléaire.
À Téhéran, la réplique ne s’est pas fait attendre. Reprochant à Paris d’adopter une position plus dure encore que celle de Washington, l’agence officielle Irna écrivait hier que les propos des dirigeants français en font des «traducteurs de la volonté de la Maison Blanche». «Le nouveau locataire de l’Élysée veut aujourd’hui copier la Maison Blanche», poursuivait-elle, ajoutant que «cet Européen s’est mis dans la peau des Américains et imite leurs hurlements».
De son côté, le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, a récusé hier à Vienne la perspective d'une option militaire contre l'Iran avant que «nous (ne) soyons parvenus au bout de la procédure» de vérification de ce programme soupçonné de cacher la production d'armes nucléaires, en contradiction avec les traités internationaux, conformément aux termes de l’accord du 22 août dernier passé entre l’Agence et l’Iran. Mohamed ElBaradei, auquel certains pays occidentaux reprochent une position trop accommodante envers Téhéran, a rappelé qu'il ne voyait pas «en ce moment de danger clair» concernant ce programme.
Commentaires
En dépit de ces déclarations enflammées qui témoignent d'un empressement particulier à "occuper" la scène,(M. Kouchner , l'humaniste naguère,le centurion moderne, a manqué l'occasion de se taire ! sachant que le monde compte plus de pyromanes que de pompiers), les questions d'ordre juridique, qu'on ne pose pas, sont celles de savoir: l'Iran a-t-il enfreint ses obligations vis-à-vis du traité sur la non prolifération nucléaire en enrichissant de l'uranium à des fins civiles ? Le Conseil de sécurité a-t-il le droit, selon les termes de la Charte,de considérer cette activité pacifique, comme étant une menace à la paix et à la sécurité internationales, et agir en conséquence sur la base du chap. 7 ? De quel droit les Etats occidentaux, réunis dans ce groupe des six, prennent-ils à leur compte ce dossier, au nom de la mythique "communauté internationale" ?, avant de dicter aux membres du conseil de sécurité les résolutions à adopter ? Quelle crédibilité anime l'ONU dans ce dossier en particulier, sachant que des "entités" du genre "d'israel" possèdent, de l'aveu même des USA, plus de 80 ogives nucléaires ? IL est impératif d'abord de se soulever contre l'éternelle tutelle des USA, contre les deux poids et deux mesures de l'ONU, contre la passibilité de cette organisation envers les crimes des "grands", et sa "justice" envers les petits, cesser de parler au nom de la "communauté" internationale! personne n'a délégué personne pour parler en son nom à cet égard. Il faut juste laisser l'AIEA faire son travail ! Mais pour ça, il faut beaucoup de bonne foi !
Bernard Kouchner s'explique dans Le Monde (18/09/07) : « Bernard Kouchner : "Des sanctions pour éviter la guerre" » : http://www.lemonde.fr/web/article/0...
« La situation la pire serait la guerre. Pour éviter cela, l'attitude française est de négocier, négocier, négocier, jusqu'au bout, sans craindre les rebuffades »...
Je m'interroge. Qu'est-ce qui est finalement le moins dangereux : permettre à tous les Etats de la planète d'aquérir le feu nucléaire ou stopper cette progression et lutter pour une dénucléarisation militaire complète conformément au sens des traités adoptés en cette matière ? L'injustice de la situation actuelle ne doit pas conduire à choisir la première alternative...
L'engagement humaniste et pacifiste de M. Kouchner n'est plus à prouver. Qu'il suffise de regarder son parcours et ses engagements...
Par ailleurs, dans cette crise, le plus « va-t-en-guerre » n’est sans doute pas celui auquel on pense spontanément. M. Ahmadinejad n’a-t-il pas multiplié les provocations et ajouté de l’huile sur le feu par ses déclarations?
Il est vrai néanmoins que l’utilisation ouverte du mot « guerre » a été maladroite. L’Iran n’est pas l’Irak. Une guerre contre l’Iran serait catastrophique pour la planète entière!
Disons que les propos de M. Kouchner auront au moins eu le mérite d’éveiller les consciences et de redire toute l’importance de donner une réelle chance aux pourparlers relancés cet été entre Téhéran et l’AIEA, pour une application effective du Traité de non-prolifération auquel, ne l’oublions pas, l’Iran est Partie.
LES PROPOS DE KOUCHNER SUR L’IRAN : DEUX INTERPRÉTATIONS POSSIBLES - Pascal Boniface par Sarah Halifa-Legrand / Nouvel Obs.com / 18 septembre :
http://www.iris-france.org/Tribunes...
Q - Comment interpréter les propos de Bernard Kouchner sur le fait qu'il faille se "préparer au pire", c'est-à-dire à la possibilité d'une guerre avec l'Iran ? Assiste-t-on à un changement dans la diplomatie française, à un alignement sur les Etats-Unis ?
R - Les propos de Bernard Kouchner sont dans la droite ligne de ceux tenus par Nicolas Sarkozy le 27 août dernier devant la conférence des ambassadeurs. Le Président français avait alors déclaré que la crise autour du nucléaire iranien était "sans doute la plus grave qui pesait aujourd'hui sur l'ordre international". Les propos de Kouchner ne sont donc en rien une novation par rapport à ce qu'avait dit Sarkozy. La ligne est la même.
Maintenant, il y a deux façons d'interpréter les propos de Kouchner. La première consiste à dire que la France rejoint les Etats-Unis et que c'est un événement formidable ou terrible selon que l'on est pro ou contre-atlantiste. La seconde, et c'est celle que je retiens pour ma part, c'est de remarquer que Kouchner, et avant lui Sarkozy, ne font qu'un constat : ils disent qu'il y a un risque réel de guerre, ce qui ne veut pas dire qu'ils l'approuvent ni qu'ils sont prêts à bombarder l'Iran. D'autant que Sarkozy a rappelé à deux reprises que l'usage de la force n'était pas une solution.
A mon sens, on ne peut pas conclure de ces propos que la France se rallie aux Etats-Unis et encore moins à la guerre.
Q - On se souvient toutefois que Kouchner s'était prononcé pour la guerre en Irak…
R - C'est vrai qu'en 2003 Kouchner avait été l'une des rares personnalités politiques françaises à opter pour la guerre. Il ne faut pas oublier que sa position correspondait, d'une part, au principe d'ingérence qui lui est cher, et, d'autre part, à sa longue opposition à Saddam Hussein.
Q - Il serait donc plausible que Bernard Kouchner se range une fois de plus dans le camp de ceux qui veulent utiliser la force…
R - La France est dans une position difficile. Avec Sarkozy et Kouchner, elle cherche à maintenir sa spécificité tout en conservant de bons rapports avec les Etats-Unis. Elle ne veut pas revivre 2003 et devoir se positionner pour ou contre la guerre et du coup pour ou contre les Etats-Unis. Mais si les Américains optaient pour l'usage de la force, donc pour une guerre, cela aurait des conséquences tragiques pour l'Iran mais aussi pour toute la région, et on peut dire pour une grande partie du monde. Et la France se retrouverait de nouveau face au dilemme de 2003 auquel elle tente d'échapper. C'est-à-dire qu'elle devrait choisir soit de refuser cette guerre et donc de se brouiller de nouveau avec les Etats-Unis, soit de s'allier avec les Américains, c'est-à-dire de prendre le risque de perdre ses appuis en Europe et, sur le plan intérieur, Sarkozy prendrait également un autre risque, celui d'une rupture avec l'opinion publique française. Il est vrai aussi que s'aligner avec Bush, un chef d'Etat impopulaire chez lui comme à l'étranger et qui approche de la fin de son mandat, n'apporterait rien. Dans l'entourage de Sarkozy, il y a des personnes pour ce rapprochement et d'autres contre. Mais personne ne souhaite que la France ait de mauvaises relations avec les Etats-Unis.
J'ajouterai que ce n'est pas seulement pour la France que le scénario semble s'annoncer similaire à celui d'il y a 4 ans, puisqu'aux Etats-Unis, ce sont les mêmes qui poussaient à la guerre en Irak qui maintenant veulent une guerre en Iran, et avec les mêmes arguments : la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes nucléaires. Le fait même que ce scénario se répète devrait appeler à la prudence…
Pascal Boniface par Sarah Halifa-Legrand / Nouvel Obs.com / 18 septembre 2007
DEPLACEMENT AUX ETATS-UNIS : ENTRETIEN DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER, AVEC "CNN"
(New York, 23 septembre 2007)
Q - Parlons un peu des remous que vous avez suscités ces derniers jours. Permettez-moi de citer les déclarations que vous avez faites le 16 septembre lors d'une interview à la radio. Vous avez dit : "Nous négocierons jusqu'au bout mais en même temps, nous devons nous préparer. Nous devons nous préparer au pire, et le pire, c'est la guerre".
Vous vous référiez à la menace de l'Iran et de son programme nucléaire, et le fait que vous ayez prononcé ces mots a suscité beaucoup d'émoi. Pouvez-vous expliquer à nos téléspectateurs ce que vous avez voulu dire en déclarant : "Nous devons nous préparer au pire"?
R - Nous devons nous préparer au pire et le pire, c'est la guerre. Mais nous ne préparons pas la guerre, c'est tout à fait différent. Nous devons être préparés parce que c'est une situation très difficile. Nous devons être préparés parce que c'est un dossier difficile, un dossier explosif.
Et, en plus de cela, en plus du problème du nucléaire iranien, il y a l'Irak, la Syrie, la politique israélienne. Toute cette région est absolument explosive. Nous devons donc être préparés.
Q – Si vous vous préparez au pire…
R - Non...
Q - ...ce serait quoi ? Ce serait quoi le pire ? Que l'Iran développe l'arme nucléaire ?
R - Que les tensions subsistent, encore et encore. En attendant, il faut négocier, parler, parler et parler. Comme vous le savez, il y a eu trois résolutions au Conseil de sécurité. Nous avons pris des sanctions et nous continuons à demander au gouvernement iranien d'arrêter l'enrichissement de l'uranium.
Q - Et ils n'ont pas arrêté.
R - Ils n'ont pas arrêté et c'est donc une situation très difficile. C'est une situation dangereuse. Nous ne voulons pas - parce que c'est impossible d'accepter cela -, en plus de ce régime explosif, avoir le problème de l'arme nucléaire.
C'est simple à comprendre. Nous ne partons pas en guerre, nous ne préparons pas la guerre, mais la tension est grande et nous devons être préparés.
Q - Etre préparés... Mais le président des Etats-Unis dit toujours que toutes les options doivent rester sur la table. Est-ce que c'est ce que vous dites?
R - Je ne suis pas le président des Etats-Unis.
Q - Mais la France s'inquiète aussi du programme nucléaire iranien.
R - Oui, mais ce n'est pas la réponse à votre première question. Je dois vous donner la réponse.
Q - Allez-y.
R - Le président Sarkozy a dit qu'il fallait sortir de cette alternative : la bombe iranienne ou bombarder l'Iran. Nous devons trouver une voie très étroite entre la paix et le désastre. Alors, trouvons-la ensemble et, hier ou aujourd'hui, le président Bush a dit : "Oui, nous devons négocier". Alors, je suis très satisfait.
Q - La ministre autrichienne des Affaires étrangères a déclaré que les Allemands, beaucoup d'Européens, se sont émus de vos propos. Ursula Plassnik a dit : "Il est pour moi incompréhensible que Bernard Kouchner utilise en ce moment une rhétorique aussi martiale". Elle était agacée. Vous voulez rassurer vos alliés européens et amis sur ce que vous avez voulu dire?
R - Oui. Elle a raison. Il ne faut pas sortir un mot, le mot, le mot très lourd de "guerre" de son contexte. Le pire, c'est la guerre. Je l'ai dit non pas pour encourager la guerre mais pour lutter contre la guerre. La ministre autrichienne des Affaires étrangères, que je connais très bien, doit donc être rassurée et savoir que je suis un pacifiste. Je ne suis pas "va-t-en guerre", comme on dit en français. Je suis un "va-t-en paix".
Q - Vous n'êtes pas un "va-t-en guerre", vous êtes un "va-t-en paix". C'est cela que vous voulez dire ?
R - Exactement. Je le dis pour les oreilles françaises. Vous savez pourquoi je dis cela ? Parce que je sais ce qu'est la guerre, depuis 40 ans, à travers toutes les guerres dans lesquelles j'ai été impliqué. Ce n'est pas mon option préférée, pas du tout. Je ne prépare pas la guerre et je dis aux gens que c'est une situation très dangereuse. Mais, diplomatiquement, il ne faut pas utiliser un mot aussi lourd de sens.
Q - Très bien. Parlons un peu de ce que le président Bush a dit jeudi lors de sa conférence de presse. Il a dit qu'Israël était un allié fidèle et fort. Il s'est référé aux menaces du président iranien contre Israël. Et d'ailleurs, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré le 12 septembre : "Nous pensons qu'Israël est un envahisseur, un pays cruel et qui n'a pas de soutien unifié. Tous les autres pays, les pays voisins, sont contre lui. Il ne peut pas continuer à exister".
R - Oui, je sais.
Q - Ce sont des mots forts d'Ahmadinejad. Votre réaction en tant que ministre français des Affaires étrangères ?
R - Je sais cela. Il est absolument, absolument impossible d'accepter ces propos, et cela fait partie de la menace et de la tension que j'évoquais. Non seulement il déclare tout à fait ouvertement qu'il veut détruire l'Etat d'Israël - et ensuite d'autres Etats voisins -, mais, en plus, il aura des bombes atomiques.
C'est impossible, inacceptable. C'est pourquoi la situation est sérieuse, mais cela ne veut pas dire que nous devons recourir à la force préventive.
Nous devons, avec tous nos alliés et les pays qui les entourent - car la menace pèse essentiellement sur les voisins, les pays arabes modérés, et d'autres -, négocier et être très sérieux. C'est pourquoi nous devons proposer avec nos alliés de véritables sanctions, des sanctions efficaces, des sanctions très efficaces.
Q - Mais pour le moment, vous n'êtes pas encore à ces sanction efficaces. Voici ce que dit de tout cela, ces derniers jours, le général Mohammed Alavi, commandant adjoint de l'armée de terre iranienne. Il dit la chose suivante : "Nous avons prévu un plan pour riposter avec nos bombardiers contre Israël si ce régime (israélien) fait une bêtise idiote. Tout le territoire de ce régime est à portée de nos missiles. Par ailleurs, nous pouvons attaquer leur territoire avec nos bombardiers pour répondre à toute attaque". Ce sont des propos plutôt durs venant d'une haute autorité iranienne.
R - Hélas, oui. C'est pourquoi j'explique au reste du monde que c'est une région très, très dangereuse et que nous devons rester vigilants.
Q - Pensez-vous que les Chinois et les Russes seront en accord avec la France, les autres pays européens et les Etats-Unis, s'agissant du durcissement des sanctions contre l'Iran ?
R - Je ne sais pas, mais nous travaillons avec les Américains et quatre ou cinq pays européens, et nous chercherons à élargir ce cercle. Le but n'est pas de cibler la population iranienne. Le but est de viser l'économie des personnes les plus riches d'Iran, et cela n'a pas été appliqué. Nous y travaillons, nous suivons cette ligne de négociation et, dans le même temps, nous voulons renforcer les sanctions.
Mais si nous sommes, avec les Russes et les Chinois, capables d'aller au Conseil de sécurité, cela serait vraiment mieux. Une résolution contraignante du Conseil de sécurité avec des sanctions effectives vaut mieux que des sanctions nationales distribuées au compte-gouttes.
Q - Très bien. Parlons de l'Irak. Vous étiez vous-même en Irak. Dans un entretien accordé à Newsweek magazine, vous étiez cité ainsi : "Il semble que le président Bush tient à Nouri Al-Maliki mais le gouvernement ne fonctionne pas. J'ai dit à Condoleezza Rice, écoute, il faut le remplacer". Vous voulez que Nouri Al-Maliki parte?
R - Je n'avais pas à dire cela et je me suis donc excusé. Je reçois toutes ces remarques et critiques de la part de nombreuses personnes, de membres du gouvernement de M. Maliki. Je ne suis pas Irakien, je ne suis pas Américain, mais je pense que ce gouvernement doit travailler à l'unité nationale. Tout ira pour le mieux lorsque celle-ci sera réalisée. Je présente donc mes excuses.
Q - A qui présentez-vous vos excuses?
R - A Maliki, bien sûr.
Q - Parce que vous disiez qu'il devrait partir?
R - Ce n'est pas ce que j'ai dit.
Q - Mais croyez-vous que ce gouvernement à Bagdad ne fonctionne pas ?
R - Ne me demandez pas de dire la même chose. C'est à vous de voir.
Q - Beaucoup de gens pensent que le gouvernement à Bagdad ne fonctionne pas. J'essaie d'avoir votre opinion.
R - Vous ajoutez donc des arguments à mon non-commentaire, très bien.
Q - Vous ne voulez pas entrer dans les détails. Vous avez dit ce que vous avez dit, vous vous êtes excusé auprès du gouvernement d'Irak pour l'avoir dit, et maintenant vous voulez tourner la page.
R - Je veux travailler avec les gens qui représentent les Irakiens - pour l'instant, il s'agit de M. Maliki - tant que cela contribue à la mise en oeuvre de la résolution des Nations unies. Tel est mon propos.
Q - Je vais passer un autre extrait de ce que le président a dit jeudi...
R - Mais vous n'arrêtez pas de me critiquer. Vous avez quelque chose de positif à dire...
Q - Non, non. Nous parlerons de choses positives. J'essaie seulement de m'assurer que nous profitions de votre présence ici pour obtenir des réponses.
R - Oui, essayer de me critiquer…
Q - Voici ce que seraient, selon le président, les conséquences d'un retrait forcé et soudain des Etats-Unis et ses alliés de l'Irak…Bien, c'est un scénario vraiment horrible que nous dépeint le président Bush. Est-ce qu'en gros vous êtes d'accord avec lui sur ce que seraient les conséquences d'un retrait soudain des 150.000 ou 160.000 soldats américains d'Irak ?
R - D'abord, je ne demande ni au président Bush, ni aux Américains, de se retirer tout de suite. Je ne l'ai jamais fait. Ensuite, et c'est déjà le cas, nous devons travailler ensemble. Nous devons oublier le passé, tourner la page.
Nous, les Français, n'étions pas d'accord lorsque vous aviez commencé la guerre en Irak. Oublions cela. Maintenant, il y a un gouvernement et des soldats américains. Ils doivent rester pour le moment, même s'ils doivent se retirer ultérieurement, bien sûr. Mon déplacement en Irak avait un but très précis : inciter l'Union européenne, toutes les nations, si je puis dire, à visiter l'Irak et ouvrir la porte au récent...
Q - Et vous avez réussi ?
R - Oui, j'ai réussi. Le ministre suédois, Carl Bildt, a également effectué une visite par la suite. Mon but est la sortie du chaos et la mise en œuvre, avec la société civile, avec les Irakiens eux-mêmes, d'un processus de retour à une situation normalisée dans la reconstruction, la justice. Il faut aider les Irakiens et, aussi, aider nos amis américains.
Q - C'est une voix complètement nouvelle, je dois dire - J'ai interviewé beaucoup de dirigeants français. Ce nouveau leadership du nouveau président Sarkozy et vous, ministre des Affaires étrangères, très différent de Jacques Chirac, de Dominique de Villepin. Est-il juste de dire qu'il y a un nouveau message de la part de la France aux Etats-Unis aujourd'hui ?
R - Deux remarques, Monsieur.
Q - Oui.
R - Premièrement, malgré ce nouveau style, vous n'arrêtez pas de me critiquer.
Q - Je ne critique pas. Je ne fais que poser des questions.
R - Deuxièmement, oui, il y a une différence. Mais je ne veux pas soutenir le passé, soutenir votre façon de faire. C'est du passé. Le problème en Irak n'est pas votre problème. C'est essentiellement le problème des Irakiens, mais aussi celui de la région tout entière, qui est dans une situation très dangereuse et, ensuite, celui du reste du monde. C'est donc le lieu où nous devons déployer toutes les forces aspirant à la paix afin de renforcer le chemin vers cette paix. C'est pourquoi, oui, je veux travailler avec les Américains à cette fin.
Q - Je me doute que beaucoup d'anciens critiques de la France qui n'aimaient pas les "French fries", qui avaient commencé à les renommer "Freedom fries", quand ils vous entendront, ils vont dire qu'elles peuvent être de nouveau appelées "French fries".
R - Vous avez raison. Je sors justement d'un restaurant où des "French fries" ont été servies, avec une sorte de respect désormais. J'étais donc très satisfait./.
(Source : https://pastel.diplomatie.gouv.fr/e...)