OUVRAGE : ''Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale"
Par Multipol le vendredi 7 septembre 2007, 16:18 - Droit international - Lien permanent
Catherine MAIA
Lorsque le Conseil de sécurité décidait, en 1993, de créer le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), l’espoir que l’action de la justice internationale puisse faire reculer la barbarie a alimenté la comparaison de ce nouveau tribunal avec celui de Nuremberg. Pourtant, après 14 années d’activité, cet espoir est à mains égards déçu, avec un bilan en demi-teinte qui doit beaucoup à l'attitude équivoque des États occidentaux qui, souvent, ont fait obstruction aux enquêtes du TPIY et entravé son action.
C’est dans un livre sous forme de réquisitoire implacable que Florence Hartmann – correspondante du Monde dans les Balkans pendant le bain de sang des années 1990 puis porte-parole du Procureur Carla Del Ponte au TPIY – décrit les rouages d’une justice aux prises entre raison d’État et protection des individus et des peuples et explique pourquoi les bourreax courent toujours.
Résumé :
L'auteur livre le récit inédit de l'attitude équivoque des puissances démocratiques face à une justice internationale émergente, pourtant présentée comme premier acte de concret, depuis Nuremberg, de leurs engagements à faire reculer la barbarie. A l'occasion de l'affaire Milosevic, elle ouvre pour la première fois les portes interdites du Tribunal pénal international de La Haye et des chancelleries occidentales. Les révélations sur le procès Milosevic servent de toile de fond à une descente dans les coulisses les plus sombres de la haute politique et de la justice internationale. Ce récit expose au grand jour les méthodes brutales que les grandes puissances sont prêtes à utiliser, loin des regards indiscrets, pour atteindre leurs objectifs sur la scène internationale. Un dossier à charge qui viole la loi du silence en identifiant et citant ses principaux protagonistes pour appuyer ses incroyables révélations.
Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale, par Florence HARTMANN. Parution septembre 2007, aux éditions Flammarion (300 pages).
- À lire dans la presse : Sylvie ARSEVER, «Justice internationale : la parole est à l'accusation», Le Temps, 7 septembre 2007.

Commentaires
On ne sait plus quoi penser de cette matière, qu'est la justice pénale internationale. En principe, elle est censée être porteuse d'espoirs, de Justice et d'équité. Toutefois, les grandes puissances occidentales qui la contrôlent, n'ayons pas peur des mots, la France, les Etats-Unis, le Royaume Uni (la liste n'est que trop longue), n'hésitent pas à la brader ou à amoindrir ses ambitions. Au grand détriment des victimes de crimes contr l'humanité qui, croient, malheureusement, une grande partie de ce qu'on leur annonce depuis le QG des Nations Unies à New York.
Toutes les vérités sont bonnes à être dites, haut et fort. Si Florence Hartmann décrit sans complexes, ni langue de bois, les rouages et le fonctionnement de cette institution judiciaire internationale qu'est le TPIY, on ne peut que la féliciter.
Il est définitivement temps de sortir de cette idéologie qui veut faire prévaloir le fait selon lequel la justice pénale internationale ad hoc peut encore se permettre des erreurs ou des approximations. Le "maintien de la paix" n'est pas une tâche banale, encore moins à banaliser. Les TPI disposent suffisamment de bases pour que l'on sache, au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies ce qui marche et ce qui ne fonctionne pas !
En parallèle, que l'on ne dise surtout pas "il faut qu'ils ("les africains") arrêtent de s'entretuer, nous ne serions pas derrière pour rafistoler..". Je pense qu'il serait noble de commencer par ne plus soutenir certains régimes en place et d'assainir les relations commerciales entre le Nord et le Sud. Afin que les populations civiles puissent bénéficier, un temps soit peu, des dividendes issues de l'exploitation de leurs ressources naturelles. Et qu'elles ne soient pas tentées de se battre pour "manger". La Sierra Leone et le Libéria ont démontré tout ceci.
Lorsqu'on est dépositaire du "maintien de la paix et de la sécurité internationale", on se doit de connaître le sens et la portée des mots que sont l'ETHIQUE et la MORALE POLITIQUE.
Je suis ravi de voir qu'une nouvelle génération d'individus émerge à travers les brumes de la convenance politique, du double discours et du jeu de la flûte.
Nous ne sommes plus dupes. Et nous nous tiendrons prêts à nous désolidariser d'une matière a priori fondamentale et légitime, mais qui, à long terme, contribuera, par ses inactions, à garantir l'IMPUNITE et l'INJUSTICE. Bref, tout ce pour quoi, on l'avait mise sur pied.
ENTRETIEN DE LA SECRETAIRE D'ETAT CHARGEE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DES DROITS DE L'HOMME, MME RAMA YADE, AVEC L'HEBDOMADAIRE "PARIS MATCH" (Paris, 19 septembre 2007) :
https://pastel.diplomatie.gouv.fr/e...
« Q - Vous avez lu le livre de Florence Hartmann "Paix et Châtiment", vous connaissez à présent ce scandale, l'état des lieux de la justice internationale, un Tribunal pénal international infiltré, les recels des preuves, les fugitifs protégés…
R - C'est tout à fait impressionnant. On découvre que le Tribunal pénal international était dans les mains des grandes puissances, prêtes à l'utiliser comme un instrument tactique. Les TPI ont fait l'unanimité dans la communauté internationale, en 1993 pour l'ex-Yougoslavie puis l'année suivante pour le Rwanda, et c'est effarant de voir comment des enjeux de pouvoir politique peuvent prendre le dessus sur la justice. Nous avons ici l'exemple d'une forme de raison d'Etat qui l'emporte sur la morale et la justice.
Q - Droits de l'Homme, morale, justice internationale : comment comptez-vous défendre ces valeurs fondamentales face aux intérêts politiques ?
R - La justice internationale fait partie de mes trois priorités, avec la liberté d'expression et les violences faites aux femmes et aux enfants, telles les violences sexuelles qu'elles subissent actuellement au Darfour ou le phénomène des enfants soldats. Concilier la "realpolitik" et la morale, les intérêts et les valeurs, c'est précisément l'objet de ma mission.
Q - Quelle est la position de la France ?
R - Le président de la République, qui est le chef de la diplomatie, et le ministre des Affaires étrangères doivent assurer la continuité des relations entre Etats. Mais mon rôle est d'assumer le côté moral dans les relations internationales. Nicolas Sarkozy a créé un secrétariat d'Etat avec les mots "Droits de l'Homme", rien ne l'y obligeait. Il a créé cette fonction pour qu'on en fasse quelque chose. Les Droits de l'Homme en politique internationale, c'est le droit de s'indigner et de pouvoir dire "non" de temps en temps. Mais ce sont des mots qu'il ne faut pas galvauder, autrement ils perdraient leur sens.
(...)
Q - Mais saboter le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie pour des raisons d'Etat qui sont souvent des intérêts d'individus, n'est-ce pas atteindre la justice internationale dans son ensemble, la révéler comme une pure utopie ?
R - Je ne pense pas que l'impunité soit un concept creux ! La justice pénale internationale constitue un grand progrès pour l'humanité. Rendre justice aux victimes est primordial, de même que faire connaître la vérité sur les crimes. Et puis les dictateurs, tous ces dirigeants qui utilisent la violence pour gouverner leur peuple, savent à présent qu'ils peuvent avoir à rendre compte de leurs actes devant la justice.
Q - Le droit d'ingérence devient donc un devoir ?
R - Absolument, il n'y a plus d'autarcie. Tout pays est aujourd'hui soumis au regard de la communauté internationale. J'ai vécu jusqu'à l'âge de 8 ans au Sénégal, je me sens moi-même un enfant de l'universalité. Et si les Etats ne rendent pas justice, ce sont les ONG, les artistes, les intellectuels qui l'exigeront… Dans notre société multilatérale où on regarde tous les mêmes médias, ce n'est plus de l'ingérence, c'est un devoir que de protéger les populations civiles. Et la mobilisation des opinions publiques est souvent plus efficace que celle des Etats, j'en suis certaine.
Q - Srebrenica conquise dans le sang a été offerte aux autorités génocidaires par les accords de Dayton qui scellaient la partition d'un pays membre des Nations unies. Grâce aux révélations contenues dans ce livre, le temps est-il venu de réparer les erreurs du passé ?
R - A Srebrenica, quelque chose d'irréparable s'est produit. Quant aux accords de Dayton, si leur mérite a été de faire en sorte que le sang cesse de couler, il est clair en revanche qu'ils n'ont pas débouché sur une solution politique viable, et qu'ils devront être revus./ ».
L'interview de la Secrétaire d'Etat chargée des Affaires étrangères et des droits de l'homme, Rama Yade, par Paris Match suscite, à certains passages, la gêne et le malaise.
Rama Yade est intelligente et talentueuse. C'est tout à son honneur qu'elle ait été nommée à ce poste. Bravo.
Une fois que nous avons dépassé cet état de fait, je pense qu'elle commence à manier la langue de bois comme personne ou à esquiver les questions embarrassantes par des réponses brumeuses.
A la question : " Quelle est la position de la France au sujet de la défense des valeurs fondamentales que sont les Droits de l'Homme, la morale et la justice internationale ", Rama Yade répond, aprés avoir rappelé le fonctionnement des institutions que la position de la France et du secrétaire d'Etat " c'est le droit de s'indigner et de pouvoir dire "non" de temps en temps."
On sait aujourd'hui à quel point la protection et la défense des droits (opérations de maintien de la paix et justice internationale) sont conditionnés par deux paramètres :
- le bon vouloir des puissances occidentales
- l'existence d'intérêts stratégiques et géo politiques, justifiant l'intervention des membres permanents du Conseil de sécurité dans les Etats exsangues.
Chère Rama Yade, le "droit d'indignation" est à l'une des choses les plus partagées dans le monde. Il n'est pas exclusif à des personnalités politiques.
Si l'impact du "droit d'indignation", sur le rétablissement de la paix et de la sécurité international était réel et effectif, je n'aurais pas été à l'origine de cette note.
Les rwandais, les soudanais, les sierra-léonais, les libériens ainsi que d'autres peuples vivant dans d'autres contrées ont beaucoup trop attendu de ce "droit d'indignation".
Est ce que je force le trait, en m'accaparant de ces quelques mots pour "flinguer" Rama Yade ? Non, j'apprécie Rama Yade, je l'ai dit en intro.
Simplement je regrette qu'elle perpétue ce que j'appelle le jeu de la flute.
-"Les droits de l'Homme en politique internationale", c'est aussi la capacité d'un Etat à pouvoir contribuer en temps et en heure aux opérations de maintien de la paix mises en place par les résolutions du Conseil de sécurité.
-"Les droits de l'Homme en politique internationale", c'est la capacité d'un Etat à contribuer au fonctionnement régulier et effectif des Tribunaux internationaux. Tant sur le plan financier, qu'en termes de ressources humaines. Je fais référence au Tribunal Spécial pour la Sierra Leone, sujet que je connais, et institution dont j'ai rencontré les hauts membres.
-"Les droits de l'Homme en politique internationale" c'est garantir aux peuples le droit de disposer de leurs sous sols et des dividendes issus de leur exploitation de manière juste et équitable. L'exemple de Total, en Birmanie, n'est que trop éloquent.
-"Les droits de l'Homme en politique internationale", ce ne sont pas que des mots, en dépit de l'art oratoire qui caractérise nos dirigeants, ce sont aussi des actes concrets, perceptibles et dont on peut mesurer la portée au jour le jour.