REVUE : "L'or bleu, nouvel enjeu géopolitique ?", Revue internationale et stratégique, n°66 (été 2007)
Par Multipol le samedi 25 août 2007, 15:42 - Crises et conflits - Lien permanent
Marine CORGIE
Sous la direction de Barah Mikaïl, le numéro de l'été 2007 de la revue de l'IRIS (Institut de relations internationales et strategiques) consacre un dossier sur la question : «L'or bleu, nouvel enjeu géopolitique ?».
SOMMAIRE
ÉCLAIRAGES
La lutte contre le terrorisme dans les démocraties
occidentales : État de droit et exceptionnalisme / Colombe
Camus
Cet article offre un éclairage synoptique des dispositifs de lutte contre le
terrorisme post-2001 dans les démocraties occidentales, et tente de saisir ce
que l’extension et l’institutionnalisation de ces pratiques induisent à long
terme pour les traditions libérales et l’État de droit. Il met en exergue un
phénomène de banalisation des mesures d’exception qui tend à faire admettre une
nouvelle norme dans l’exercice du politique, tant au sein des États que dans le
système international. Dans cette optique, il tend à déconstruire le poncif
d’une opposition radicale en la matière entre les États-Unis et les démocraties
européennes. Si ces dernières n’ont eu de cesse de faire valoir des approches
différentes, elles n’ont pas pour autant été épargnées par la dynamique
antiterroriste et ses dérives potentielles.
Être jeune au Hezbollah / Bruno Lefort
Le conflit entre Israël et le Hezbollah au cours de l’été 2006 permit de
mesurer le large soutien dont bénéficie le parti chiite au sein de la
population libanaise. En effet, le Hezbollah constitue un des représentent
l’une de ses cibles privilégiées. L’étude de son implantation dans le monde
universitaire illustre le processus complexe de construction des identités
collectives et individuelles. Le parti oriente l’activité de sa jeunesse
militante, afin de construire des réseaux de solidarités et de diffuser ses
valeurs. Toutefois, il adapte son discours identitaire en fonction des lieux et
des circonstances. Parallèlement, les étudiants s’approprient ses normes et les
modifient pour les intégrer à leurs univers personnels.
Identité européenne et communauté politique / Béligh
Nabli
La définition d’une identité européenne, reposant sur des valeurs communes, est
essentielle, dans la mesure où elle permet de garantir la cohérence du projet
européen, ainsi que de guider et légitimer l’action publique. Or, on constate
une difficulté à concevoir cette identité européenne, difficulté à laquelle est
liée l’actuelle crise politique de l’Union européenne. Toutefois, on peut
considérer que cette identité émerge autour de valeurs économiques et sociales,
de l’héritage culturel commun et de la constitution d’un espace juridique
européen. Au risque d’échouer, la construction de cette identité supranationale
ne doit cependant pas s’opérer aux dépens des identités nationales. L’Union
européenne demeure ainsi confrontée à un défi existentiel : réaliser son
unité dans le respect de sa diversité.
L'africanisation de la diplomatie de la paix / Jean-Luc
Stalon
On constate actuellement le développement d’une diplomatie de la paix
africaine, qui œuvre, dans le cadre de la consolidation de l’intégration
régionale, au maintien de la paix, à la prévention et au règlement des conflits
en Afrique. Alors que le contexte de guerre froide favorisait une diplomatie de
la paix unilatérale voire concurrentielle des dirigeants politiques africains –
enclins à rechercher un prestige politique personnel – les diverses initiatives
de médiation sont désormais mieux coordonnées. Les relations entre les
organisations régionales africaines et les organisations internationales
s’institutionnalisent progressivement. Les organisations régionales africaines
semblent bien outillées pour développer des solutions opérationnelles.
Néanmoins, leurs moyens financiers ne sont pas à la hauteur de leurs
ambitions.
DOSSIER : L'OR BLEU, NOUVEL ENJEU GÉOPOLITIQUE ?
Désarmorcer la bombe hydraulique planétaire / Barah Mikaïl
LA POLITIQUE DE L'EAU : DE LA CONCURRENCE A LA COORDINATION
Vers une nouvelle forme de gouvernance de l'eau en Afrique et en
Amérique latine / Philippe Hugon
La définition du statut de l’eau est un enjeu dont les implications ne
sauraient être sous-estimées : les débats théoriques, qui opposent la
vision de l’eau comme bien public à l’approche marchande, en passant par la
conception éthique de l’eau, ont un prolongement direct dans les modes de
gestion effectifs de cette ressource. En Afrique et en Amérique latine, les
pauvres payent souvent l’eau quatre fois plus cher que les autres. Face à ce
paradoxe, cet article analyse le rôle des opérateurs privés, tout comme celui
des acteurs publics, au regard des critères d’efficience et d’équité mais
également des enjeux sociaux et politiques. Dans des États fragiles, la
question importante n’est pas tant celle de la privatisation de l’eau que celle
des asymétries de pouvoir, du respect des contrats, et des contextes
institutionnels.
Société civile et nouvelles formes de partenariat pour l'accès à
l'eau dans les pays en développement / Catherine Baron
Depuis les années 1990, les politiques du développement dans le domaine de
l’eau, s’inscrivent dans une logique ascendante attribuant aux ONG une place de
premier plan. Néanmoins « la bonne gouvernance » de l’eau exige une
articulation entre les différents niveaux de décision. Or celle-ci butte sur
des décalages entre discours et pratiques : le dogme de l’empowerment
aboutit à ce que la dimension locale reste confinée à l’opérationnalisation de
règles définies au niveau global. Cette approche « idéalisée », fondée sur
l’injonction à la participation de la société civile, ne tient pas compte des
jeux de pouvoir entre les acteurs autour de la question de l’accès à l’eau. Une
véritable participation requiert au contraire la co-construction des règles et
doit être continuellement négociée, tant elle ne peut être simplement
décrétée.
Or bleu et grands ensembles économiques : une redéfinition en
cours des rapports de force interétatiques ? / Luc Descroix et Frédéric
Lasserre
De récents développements institutionnels ont permis d’atténuer les tensions
croissantes sur les ressources en eau : appelant à la coopération
internationale, ils tendent à substituer au principe de souveraineté
territoriale absolue celui de souveraineté territoriale limitée. Le cas des
États-Unis montre que la gestion frontalière de l’eau pose des difficultés aux
pays du Nord, et illustre l’inégalité des accords avec le Sud. En Afrique de
l’Ouest, Asie centrale et dans les régions du Mékong et du Nil, des organismes
institutionnels sont également mis en place. Ils constituent un progrès
indiscutable vers la gestion concertée à l’échelle des bassins, obligeant les
États à coopérer, mais se heurtent à des problèmes liés à l’inadaptation du
modèle occidental, aux déséquilibres de puissance et à l’abandon de
souveraineté.
L'EAU ENTRE GUERRE ET PAIX
Conflits hydrauliques et guerres de l'eau : un essai de
modélisation / Frédéric Lasserre
Dans le contexte actuel de changements climatiques et d’augmentation des
besoins alimentaires, la pression sur la ressource hydraulique s’accentue
fortement : l’eau est devenue un enjeu politique majeur, et sa maîtrise,
ainsi que son partage, de potentielles sources de conflits. Ceux-ci peuvent
être interétatiques, ou internes et de basse intensité : dans les deux
cas, ces conflits hydrauliques ne font souvent qu’exacerber des tensions déjà
bien présentes au sein de relations préalablement dégradées entre États ou
communautés ; mais poussés à l’extrême, ils pourraient déboucher sur de
véritables « guerres de l’eau ». Le potentiel de conflit croît avec la
rapidité de la rupture hydraulique, qui introduit la rareté en eau, à laquelle
les sociétés sont plus ou moins sensibles en fonction de leur « capacité
sociale d’adaptation ».
Eau et stratégie militaire / Pascal le Pautremat
L’eau a toujours été au cœur des stratégies militaires (bombardement des
réseaux d’acheminement et des sites de distribution de l’eau, inondations de
territoire pour empêcher l’avancée de l’ennemi, missions de reconnaissance par
voie maritime…). Or, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’essor du
commerce international s’est accompagné d’un accroissement des flux maritimes.
En effet, 90 % des échanges s’effectuent par voie maritime. Ce phénomène pose
des difficultés pour en assurer la sécurité face aux tentatives de
déstabilisation des réseaux terroristes et de piraterie, capables de toucher
les zones portuaires ou de frapper à plus ou moins longue distance des côtes.
En réponse, les grandes puissances se dotent désormais de moyens d’actions
maritimes et amphibies de plus en plus affinés.
La gestion nord-américaine des ressources hydrauliques, un modèle
exportable ? / Barah Mikaïl
Si le partage des ressources hydrauliques entre États entraîne souvent des
relations conflictuelles, il existe des situations dans lesquelles la gestion
de l’accès à l’eau peut se dérouler de manière pacifiée. Ainsi, les États-Unis
et le Canada sont-ils parvenus à un consensus sur le partage de leurs eaux
douces. Le fait que le Canada, bien que situé en amont, n’ait pas
nécessairement cherché à imposer des conditions draconiennes à son voisin
méridional, a favorisé les bonnes relations. Les États-Unis tirent dès lors, et
malgré leur statut de pays d’aval, un large bénéfice des ressources en eau
provenant du Canada. L’institution d’une Commission d’arbitrage et de règlement
des différends est également pour beaucoup dans la gestion saine des eaux
transfrontalières américano-canadiennes.
