OPINION : Coup de gueule de Kofi Annan contre les dirigeants africains qui s'accrochent au pouvoir
Par Multipol le mercredi 25 juillet 2007, 08:31 - Politique étrangère / Interculturel - Lien permanent
Catherine MAIA
Dans l’univers de diplomatie feutrée de l’ONU, où chaque mot est soigneusement choisi à l’aune des sensibilités et des susceptibilités des uns et des autres, le «coup de gueule» de l'ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, dénote singulièrement.
S'exprimant dimanche 22 juillet lors d’un discours prononcé en l'honneur de l'ancien Président sud-africain Nelson Mandela, qui vient de célébrer son 89ème anniversaire, Kofi Annan a littéralement fustigé les régimes brutaux, les dirigeants inamovibles et la poursuite des conflits en Afrique, frappée par la pauvreté et la maladie. «Environ la moitié des conflits armés et près des trois-quarts des forces de maintien de la paix se trouvent en Afrique. Ceci parce que des millions d'Africains sont encore à la merci de régimes brutaux (...) qui ne montrent aucun respect pour les droits humains ou même pour la vie humaine», a-t-il déclaré.
Pour Kofi Annan, l'ancien chef de l'État sud-africain a montré un «merveilleux» exemple à l'Afrique lorsqu'il a quitté ses fonctions à l'issue de son premier mandat, en 1999. «Quel merveilleux exemple sur un continent où les Présidents ont, dans certains cas, défié ou changé la Constitution de leur pays et se sont cramponnés au pouvoir durant des décennies», a-t-il ajouté.
Citant le Nord de l'Ouganda et le Soudan parmi les conflits armés qui continuent à faire rage sur le continent, il a mis en garde les Africains contre une forme de racisme qui unit les citoyens dans le combat contre des pouvoirs blancs tyranniques, mais «excuse les pouvoirs tyranniques lorsqu'ils sont noirs». Il a exhorté les dirigeants africains à assurer le respect de la loi, la protection des droits et de la propriété individuelles, tout en combattant la corruption et en promouvant la bonne gouvernance.
Il a, en particulier, estimé que les Africains devaient trouver une solution à la crise au Zimbabwe ainsi qu'aux autres crises qui ensanglantent le continent. «La descende aux enfers du Zimbabwe est intolérable et ne peut se poursuivre. Nous avons tous intérêt à résoudre cette crise», a-t-il insisté.
Source : Dépêche AFP, 22 juillet 2007.

Commentaires
Kofi Annan a longtemps été un homme de valeurs et de convictions politiques. Sa toute récente prise de position, le 22 juillet 2007, illustre sa conception démocratique et moderne de l'exercice du pouvoir.
Oui, de nombreux responsables politiques africains détiennent une grande part de responsabilité dans le cauchemar des africains et les crises du continent.
Les exemples ne sont que trop nombreux :
- Absence d'alternance politique / dérives monarchiques (au Togo, en RDC et maintenant au Sénégal (Abdoulaye Wade + Karim Wade),
- Mépris de l'opposition et des membres de la société civile (Afrique du Nord et de l'Ouest / Burkina Faso)
- Manque d'ambitions sur le plan économique (Guinée - Lansana Conté),
- Incapacité à parler d'une voix au sein des plus hautes instances régionales (UA, CEDEAO) devant les politiques néfastes du FMI, de la Banque mondiale et de l'OMC
- Bradage des richesses naturelles au profit des multinationales françaises, américaines ou chinoises (Sénégal, Tchad, Libéria, Soudan ...).
Bref, les années passent et rien ne change. Les mêmes causes continuent à produire les mêmes effets.
Est ce que ce coup de gueule, provenant d'un véritable expert de la vie politique internationale sera entendu par les dirigeants africains ? Je reste pessimiste pour ma part..
Les victimes de cette vaste inconscience seront, une fois encore, les populations civiles africaines, reléguées en arrière plan et exclues des processus décisionnels.
Pour peu que je sache, Kofi Annan a toujours été fidèle à cette vision critique qu'il avait de la manière dont certains dirigeants africains gouvernent et gèrent leur pays. Il a très souvent tenu un discours critique sur la mauvaise gouvernance, les faiblesses de la pratique démocratique dans certains pays. Alors qu'il était encore SG de l'ONU, avec ce que cela implique de tact, diplomatie, retenue, etc., Il a souvent été clair et intransigeant, à raison, sur certaines de ces questions relatives à la poltique en Afrique. Il est bien qu'il s'implique plus dans ce domaine, avec les qualités qui lui sont reconnues et son expérience internationale et apporte sa voix et sa contribution à cette longue et difficile, mais nécessaire entreprise de renforcement de la démocratie, de la lutte contre un certain nombre de pratiques, autant de causes des conflits en Afrique.
...Il peut mieux parler d'autant qu'il n'est plus SG de l'ONU et que sa Fondation traitera des questions africaines...Il est fidèle à ses convictions au moins...
C'est avec la plus grande attention que nous faisons foi à tout ce qui sort des expressions de cet homme, tant ses intentions pour notre cher continent ont toujours été nobles. Son discours qui fait l'objet de notre lecture actuelle n'est que la suite de cet esprit méritoire! Malheureusement, le coeur des monstres du paysage politique africain demeure infléchissable... Un coup d'oeil au DARFOUR, au CONGO,en GUINEE-CONAKRY, pour ne citer que ces pays tristement célèbres parmi tant d'autres en dit plus! Disons donc que seul DIEU LE TOUT PUISSANT peut nous tirer de cet univers de désolations. Néanmoins, la jeunesse africaine doit commencer par se démarquer d'une telle politique à travers leurs comportements quotidiens!
Pour sa première tournée officielle en Afrique la semaine dernière, le président français Nicolas Sarkozy a pu exposer sa vision d’un "partenariat" renouvelé entre la France et l'Afrique, appelant tout particulièrement les jeunes Africains – qui représentent la moitié des habitants du continent - à ne pas "ressasser le passé" colonial, et surtout à s'engager vers la bonne gouvernance.
Devant un parterre d’un millier de personnes réunies à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le président français a qualifié la colonisation de "grande faute", mais il a également refusé (comme récemment en Algérie) toute idée de "repentance". Il a ainsi affirmé que "la colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique", citant les guerres, les génocides, la corruption, les gaspillages.
"Je ne suis pas venu nier les fautes, ni les crimes, car il y a eu des fautes, et il y a eu des crimes", a dit M. Sarkozy en évoquant "la traite négrière" et "l'esclavage". Il a toutefois affirmé que "nul ne peut demander aux générations d'aujourd'hui d'expier ce crime perpétré par les générations passées". "Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d'en tirer ensemble les leçons et de regarder ensemble vers l'avenir", a-t-il souligné. M. Sarkozy a ainsi prôné un "partenariat entre nations égales en droits et en devoirs" et affirmé que la France sera "aux côtés" de l'Afrique sur le chemin de la bonne gouvernance et dans son combat contre la corruption et la misère.
On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le récent "coup de gueule" de Kofi Annan, même si le discours de M. Sarkozy a été tièdement accueilli, certains le jugeant trop moralisateur à leur goût...