NOTE : L'Iran aura sa bombe en 2010
Par Multipol le lundi 16 juillet 2007, 06:29 - Crises et conflits - Lien permanent
Irving LEWIS
L’Iran aura sa bombe en 2010. Plus précisément, Téhéran pourrait disposer d’une capacité nucléaire militaire dès mi-2009. C’est en tout cas ce qu’ont révélé récemment des analystes du «Military Intelligence» israélien pour qui le régime islamique parviendrait à surmonter les barrières technologiques lui permettant de fabriquer ses premières armes dans un délai de 6 à 12 mois (1). Il est vrai que les obstacles technologiques à la fabrication d’armes nucléaires sont énormes. La maîtrise du cycle du combustible n’est pas chose aisée et l’Iran continue certainement de rencontrer de nombreuses difficultés dans le fonctionnement des cascades de centrifugeuses destinées à enrichir l’uranium (2). Cependant, il est aussi évident que de nombreuses étapes ont été franchies par Téhéran dans son éventuel quête de l’arme suprême (3). L’aide fournie par le réseau Khan y a été pour beaucoup et le moins qu’on puisse dire est que les différents transferts effectués par le scientifique pakistanais à son premier client permettront à ce dernier d’écourter sa marche vers le nucléaire militaire.
Selon des estimations des services de renseignement américain datant de 2005, Téhéran pourrait disposer d’assez de matières fissiles pour fabriquer sa première arme seulement dans une dizaine d’années, soit courant 2010-2015, compte tenu des difficultés qui résident aussi bien dans les processus de conversion de l’uranium que dans son enrichissement (4). Parallèlement, des études beaucoup plus pessimistes faites par des chercheurs de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres et de l’Institute for Science and International Security (ISIS) de Washington parlaient de 2009-2010. Pour Bruno Tertrais de la Fondation pour la Recherche Stratégique, il faudrait compter avec un Iran nucléaire dès la fin 2008 (5). Toutefois des doutes subsistent encore sur la question puisqu’il est très difficile actuellement d’en savoir plus sur les progrès enregistrés par l’Iran dans son éventuel programme nucléaire militaire, tout le reste ne reposant que sur des spéculations et des scénarios. Seuls les rapports de l’AIEA – puisque ne contenant que ce qui a pu être vérifié sur le terrain par les inspecteurs – permettent d’en savoir plus sur l’état d’avancement des activités nucléaires du régime des mollahs (6).
De toutes les façons, que ce soit à moyen ou long terme, l’Iran aura sa bombe si telle est réellement sa volonté. Ce sont surtout les conséquences qui seront déstabilisantes pour la sous-région. Un Iran nucléaire ne ferait qu’accroître les tensions au Moyen-Orient. Et ce qui est le plus à craindre pour la sécurité internationale est l’effet boule de neige qui en résulterait car l’attitude de certains États qui estiment que leur sécurité est mieux assurée si leurs voisins n’ont pas d’armes nucléaires pourrait être revisitée. L’évolution des pays, comme l’Égypte, l’Arabie Saoudite, la Syrie, l’Algérie et la Turquie, devrait alors être suivie avec attention (7). En effet, la possibilité ne peut pas être écartée de voir l’Égypte reconsidérer son option nucléaire puisque si le statut nucléaire d’Israël est déjà difficilement acceptable pour elle, la naissance d’éventuelles armes nucléaires iraniennes pourra être perçue comme un risque majeur de sécurité nationale pour Le Caire.
La même menace pourrait pousser l’Arabie Saoudite à vouloir acquérir la bombe en échange de grosses sommes d’argent. Si l’Égypte envisageait un jour de se lancer dans une aventure nucléaire, alors on peut imaginer que les pays rivaux arabes comme la Syrie ou l’Algérie ne l’observeront pas comme des enfants de cœurs. En définitive, un Moyen-Orient nucléaire pourrait de ce fait amener la Turquie à renoncer à son statut actuel d’État non doté d’arme nucléaire. Les derniers développements de l’actualité internationale semblent venir confirmer cette perspective de nucléarisation en chaîne. En effet, le 3 novembre 2006, six pays arabes – à savoir l’Algérie, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, les Émirats Arabes Unies et l’Arabie Saoudite – auraient manifesté leur intention de se lancer dans des programmes nucléaires civils, à en croire l’AIEA (8), ce qui est tout à fait leur droit si on se réfère à l’article V du TNP (9). Mais le fait qu’il est facile de passer des applications civiles aux applications militaires du nucléaire ainsi que l’instabilité de la région ne rassurent guère sur les intentions de ces pays qui pourraient être amenés à suivre l’exemple de Téhéran si dans quelques temps ce dernier parvenait finalement à montrer que sous couvert d’un programme nucléaire civil il a réussi à fabriquer la bombe.
(1) Amos HAREL, «Military Intelligence: Iran will cross nuclear threshold by 2009», Haaretz, 11 July 2007.
(2) Le 11 avril 2006, le Président iranien annonçait cependant au monde entier que son pays maîtrisait désormais toute la technique de l’enrichissement de l’uranium. Un an après, il serait passé à sa phase industrielle, ce qui indiquait pour Ahmadinéjad «le chemin vers un développement irréversible» : «J’annonce avec fierté qu’à compter d’aujourd’hui, l’Iran fait partie des pays qui produisent du combustible nucléaire à une échelle industrielle», avait-il déclaré le 9 avril 2007 lors d’une réunion au centre d’enrichissement d’uranium de Natanz où devrait être installée une cascade de 30 000 centrifugeuses. L’objectif à terme étant d’en installer 50 000.
(3) L’Iran a toujours affirmé son droit à l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire conformément à l’article IV du TNP et ne cesse de clamer que son programme nucléaire n’est que civil. Mais les pays occidentaux, les États-Unis en premier, estiment que l’objectif caché de Téhéran est de développer un programme militaire.
(4) Dafna LINZER, «Iran is Judged 10 Years from Nuclear Bomb», Washington Post, 2 August 2005.
(5) Bruno TERTRAIS, «Iran : la Bombe fin 2008 ?», Fondation pour la Recherche Stratégique, 15 mai 2006. http://www.frstrategie.org/barreCompetences/prolifDissuasionDefenses/20060515.pdf.
(6) Tous ces développements sont disponibles sur le site de l’AIEA : http://www.iaea.org/NewsCenter/Focus/IaeaIran/index.shtml.
(7) Georges LE GUELTE, «La prolifération : état des lieux», Questions internationales, nº 13, mai/juin 2005, p. 31.
(8) Richard BESTON, «Six Arab states join rush to go nuclear», The Times, 4 November 2006.
(9) L’article V du TNP veut que «(…) les avantages pouvant découler des applications pacifiques, quelles qu’elles soient, des explosions nucléaires soient accessibles sur une base non discriminatoire aux États non dotés d’armes nucléaires qui sont Parties au Traité (…)».

Commentaires
Le moins que l’on puisse dire est que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, persiste dans sa position puisqu’il a déclaré hier que l'Iran ne se soumettrait jamais à la logique de la force et n'arrêterait pas ses activités nucléaires. Et cela, malgré le vote par le Conseil de sécurité de l'ONU de deux résolutions imposant des sanctions contre les programmes nucléaire et balistique de l'Iran en vue d’amener le pays à suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium soupçonnées de masquer des ambitions militaires. «Qu'ils votent trois cents résolutions, cela n'empêchera pas l'Iran d'atteindre ses droits», a-t-il déclaré dans une interview à la télévision iranienne. Selon les diplomates proches de l’AIEA, l'Iran aurait d’ailleurs déjà installé près de 2000 centrifugeuses...
Peut-être qu'un autre pays, encore récemment considéré comme un "paria" sur la scène internationale, va-t-il avoir lui aussi très prochainement la bombe nucléaire. Je pense à la Libye de Kadhafi. On aura beau affirmer, du côté du gouvernement français, qu'il n'y a pas eu à proprement parler d'échange des infirmières bulgares condamnées à mort contre la construction d'une centrale nucléaire, on aura beau affirmer qu'il ne s'agit que d'un usage civil... on est à un tout petit pas du feu nucléaire quand même !
A lire : "Libye : un troc honteux", par Benjamin Dessus, président de l’association Global Chance, et Bernard Laponche, expert international en énergie, Global Chance, publié dans le journal LIBERATION (28 juillet 2007).
« Au moment même où les infirmières bulgares expliquent à l’opinion publique horrifiée les tortures que le régime de Kadhafi leur a fait subir pendant des années, on apprend qu’en échange de leur libération la France a proposé au colonel Khadafi, en plus de quelques avions de combat, l’accès au nucléaire en lui fournissant une centrale destinée nous dit-on au dessalement de l’eau de mer.
Quoi de plus généreux en effet, que de fournir de l’eau douce à la population libyenne ! On comprend que ce soit madame Sarkozy, au titre de sa mission humanitaire, qui ait été chargée d’apporter la bonne nouvelle à ce cher colonel. Mais de qui se moque-t-on ? Qui peut croire en effet un seul instant que la dessalinisation nucléaire de l’eau de mer est une solution raisonnable pour les Libyens alors qu’ils disposent de pléthore de pétrole et de gaz pour dessaler à bien moindres frais et surtout sans danger leur eau de mer, sans compter l’énergie solaire.
Qui peut croire un instant, pour un pays dont la consommation d’électricité n’atteint pas 15TWh, à l’intérêt d’un parc nucléaire alors qu’un seul réacteur EPR en fournit une douzaine. En revanche oui, c’est pour Kadhafi une occasion en or d’accéder au nucléaire, avec la caution de la France. A ceux qui nous disent qu’il s’agit de nucléaire civil et que l’étanchéité avec le nucléaire militaire est garantie, on rappellera qu’il suffit de disposer de déchets d’un réacteur nucléaire pour réaliser une jolie «bombe sale».
Sans compter, bien entendu, la possibilité de retraiter l’uranium irradié et d’en tirer le plutonium nécessaire à la bombe. A moins qu’on ne croie sérieusement que notre dictateur va s’acheter brutalement une conduite, ou que, comme certains le disent avec un mépris évident pour les Libyens, qu’ils seraient bien incapables, au contraire des Iraniens, de parvenir à leurs fins et qu’il n’y a donc aucun risque.
A ceux qui nous disent que le nucléaire ne doit pas être réservé au nord de la Méditerranée, on fera remarquer que la plupart de ces pays n’ont pas de nucléaire (Portugal, Italie, Grèce, Croatie, Bosnie, Albanie) ou se posent la question d’y renoncer, comme l’Espagne.
En acceptant ce troc honteux, nucléaire contre infirmières otages, la France expose la communauté internationale à des risques totalement inconsidérés, et crée un précédent dangereux qui justifie d’avance le chantage et les revendications de tous les dictateurs fous de la planète ».
http://www.liberation.fr/rebonds/26...
pkoi il n aurait pas droit au nucleaire n importe quoi les etats unis il en des bombe atomic et ce sont deja servis sur les japonais cela il en le droit d avoir l arme nucleaire!!!
le truc c'est que ces mecs la sont pres a faire sauter la planete pour leur dieu
Le rêve du chah d'iran c'est de réunir sous son égide tout les pays de l'ancienne civilisation perse conquise arabistan pakistan turkministan kasakhstan ousbékistan, enfin les 100 nations qui représentant le pays de darius roi des rois.
Une nation comme l'iran avec 70 millions d'habitants pourrait réaliser les prouesse du chah d'iran l'empire de darius oue presque dans toutes ces nations il y a une majorité chiite que pourrait faire soulever et menacer l'empire conquis par afhane ibnou afhane et récuperer la mecque à leurs dépends.
Et la possession par Israël de l'arme atomique, ce n'est pas un danger permanent? Qu'Israël démantèle son arsenal, et après on pourra discuter de l'Iran...En attendant, ce dernier est en droit de se défendre.
Nul ne sait encore quel en sera le résultat, mais il semble évident que la diplomatie a d'ores et déjà atteint ses limites et que les sanctions politiques, économiques... qui ont été ou qui pourraient encore être adoptées ne résoudront pas le problème car elles n'ont pas de prise sur l'Iran. Il ne resterait alors aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU qu'un seul et ultime recours... Oseront-ils franchir ce pas ? Je ne le crois pas. Jusqu'au jour où un essai nucléaire leur fera regretter leur frilosité et leur pusillanimité.