ACTU : Condamnation de Milan Martic à 35 ans de prison par le TIPY
Par Multipol le mardi 12 juin 2007, 04:13 - Droit international - Lien permanent
Catherine MAIA
L'ancien Président de la République serbe de la Krajina unilatéralement proclamée en Croatie, Milan Martic, a été condamné à 35 ans de prison, mardi 12 juin, par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour des atrocités commises contre des Croates dans le cadre d'une purification ethnique menée de 1991 à 1995.
Les juges du TPIY ont estimé que l'ancien policier était « la personnalité la plus importante et la plus influente » de Krajina et que, de ce fait, il ne pouvait qu’être au courant de « la multitude de crimes commis contre les non-Serbes », crimes qui ont poussé des centaines de milliers de civils croates à fuir la région. D’après les juges, qui n’ont pas été convaincus par la ligne de défense de l’accusé selon laquelle il n’aurait fait que défendre son peuple contre l'agression croate, Martic était fortement impliqué dans un projet criminel associant d'autres leaders serbes - notamment Slobodan Milosevic, le général Ratko Mladic et Radovan Karadzic -, et visant à dessiner les contours d'une « grande Serbie » ethniquement homogène qui aurait contenu un tiers de la Croatie.
Âgé aujourd’hui de 52 ans, Milan Martic, qui s’était livré au TPIY en mai 2002, a été reconnu coupable de 18 chefs d'inculpation sur les 19 pour lesquels il était poursuivi. Acquitté du chef d’accusation d’extermination, il a toutefois été reconnu coupable de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, dont meurtres, persécutions, déportations, tortures, destructions de villages et attaques contre des civils croates commis pendant des guerres en Croatie (1991-1995) et en Bosnie (1992-1995). Il a notamment été condamné pour avoir ordonné le bombardement aveugle par engins à sous-munitions de la capitale croate, Zagreb, en mai 1995, qui a fait au moins sept morts et 200 blessés.

Commentaires
S'exprimant pour la dernière fois de son mandat devant le Conseil de sécurité, la Procureure du TPIY, Carla Del Ponte, a affirmé que le fait que quatre accusés, et en particulier Radovan Karadzic et Ratko Mladic, soient toujours en fuite, « entachait à jamais » le bilan du Tribunal.
Carla Del Ponte a estimé lors de cette séance que tous ces fugitifs sont actuellement en Serbie, ou que les autorités de ce pays sont en mesure de les appréhender, et a fait savoir que ses services ne disposaient actuellement d'aucune information sur le lieu où se trouve Radovan Karadzic.
« Il est inquiétant de constater que les services compétents ont perdu sa trace, et il semble que personne ne le recherche activement », a-t-elle dit, ajoutant qu'elle demeurait pourtant convaincue que les Etats concernés de la région avaient les moyens de le retrouver et de l'appréhender.
« Durant mes huit années de mandats, 91 accusés ont été transférés à La Haye, et 59 ont été déclarés coupables en première instance, le dernier pas plus tard que la semaine dernière », a-t-elle indiqué.
Elle a cependant regretté que de nombreux accusés de rang intermédiaire ou subalterne n'aient pas pu être jugés à La Haye en raison de la stratégie d'achèvement des travaux du Tribunal international.
Elle a, à ce sujet, appelé la communauté internationale à rester vigilante en ce qui concerne les procédures engagées devant les juridictions nationales, dans le cadre desquelles la tentation d'intervenir, pour les gouvernements de la région, demeure très forte.
A lire : http://www.un.org/News/fr-press/doc...