ACTU : Bush nomme Robert Zoellick comme nouveau président de la Banque mondiale
Par Multipol le jeudi 31 mai 2007, 09:55 - Développement / Environnement - Lien permanent
Francis GAGNON
À l'issue du psycho-drame Wolfowitz, l'administration Bush a annoncé que Robert Zoellick sera le nouveau président de la Banque mondiale à partir du 1er juillet prochain. Zoellick est l'ancien secrétaire d'État adjoint de Condolezza Rice. Il s'est fait un nom sur la scène multilatérale en tant que représentant au commerce pour les États-Unis pendant le Cycle de Doha et l'admission de la Chine à l'OMC . Il a donc longtemps été le vis-à-vis de Pascal Lamy, ce qui rend le parallèle entre leurs deux carrières d'autant plus intéressant.
Robert Zoellick apportera-t-il à la Banque ce dont elle a besoin ? Certains craignent qu'il ne soit trop semblable à Wolfowitz. Après tout, ils sont tous deux signataires de la fameuse lettre implorant Bill Clinton d'envahir l'Irak en 1998, document-phare des néo-conservateurs américains. Les administrateurs de la Banque mondiale ont fait connaître - quelques heures après l'annonce - les critères qui guideront leur «choix» d'ici au 30 juin. Ils ont réitéré le même message le jour d'après, indiquant qu'ils vont considérer Zoellick comme une candidature parmi tant d'autres. Réalité ou parade ? Nous le saurons d'ici un mois. Mais plusieurs souhaitent que le processus soit transparent et que les candidats soient considérés sans égard à leur nationalité.
The Guardian publie un excellent profil de Zoellick. Le Wall Street Journal, qui a soutenu Wolfowitz, n'a pas encore pris position au moment d'écrire ces lignes, mais leur article rapportant la nouvelle est relativement positif. Le Financial Times et le Washington Post, qui ont joué un rôle dans la démission de Wolfowitz, sont plutôt satisfaits de cette candidature. Le site WorldBankPresident.org demeure l'une des meilleures ressources pour suivre tous les développements d'heure en heure.

Commentaires
Le Monde vient de publier plusieurs articles à ce sujet :
http://www.lemonde.fr/web/article/0...
Le Wall Street Journal prend position sur le même ton que d'habitude.
http://online.wsj.com/article/SB118...
D'autres extraits sont disponibles ici.
http://www.worldbankpresident.org/s...
Pourquoi a-t-on l'impression que la Banque mondiale est une sorte de succursale ou un prolongement, à l'internationale, du Secrétariat d'Etat, qui servirait à reclasser des anciens hauts fonctionnaires de ce dernier et à y recaser certains de ses fonctionnaires américains ? Cette pratique est assez curieuse...
Voici une institution qui cristallise à merveille les rapports de force mondiaux au sortir de la 2GM puisque, depuis 1944, il est entendu que les Américains nomment le président de la BM, tandis que les Européens choisissent le dirigeant du FMI. Cette tradition est aujourd'hui contestée par plusieurs États et ONG comme parfaitement anachronique. Le monde a changé et il serait certainement plus approprié d’assurer une présidence de la BM selon un système de rotation des pays membres...
Après avoir été applaudie sur plusieurs fronts mercredi 30 mai, y compris par la France par la voix de son ministre des Affaires étrangères, la candidature de Robert Zoellick à la tête de la BM commence à attirer son lot de critiques.
Ainsi, dès le lendemain de l’annonce de la nomination de Zoellick par l'administration Bush, les membres du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM) ont dénoncé un tel choix. Selon le CADTM, la nomination de l'ancien représentant américain pour le commerce est tout bonnement «grotesque». Le Comité estime, en effet, que M. Zoellick ne changera rien à l'orientation de l'institution, qui continuera à adopter des politiques néo-libérales générant de la pauvreté. Plus encore, il demande l'abolition de la BM, puisque, constamment dirigée par des Américains, elle n’est autre que le serviteur de la politique étrangère des États-Unis et de leurs intérêts économiques.
Dans un entretien accordé cette semaine au journal italien La Republica, le lauréat du prix Nobel de l'économie, Joseph Stiglitz, a également estimé que le mandat du directeur sortant de la BM, Paul Wolfowitz, a été une véritable «catastrophe» et s'est interrogé sur la capacité de son successeur à mettre fin au protectionnisme, dans la mesure où Zoellick est lui-même un adepte de cette politique qu’il a véhément défendu lorsqu’il était en charge des négociations commerciales pour les États-Unis au sein de l’OMC. M. Stiglitz déplore également l’attitude des Européens : «Ils ont préféré soutenir un système qui leur garantit la présidence du Fonds monétaire international, au lieu de modifier avec courage les critères de sélection». C’est, selon lui, une «occasion manquée» pour la BM de revoir ses politiques, dont le processus de nomination de son président.
A lire également, un portrait publié dans Les Echos : http://www.lesechos.fr/info/analyse...