NOTE : Quelle politique étrangère pour le nouveau chef d’État français Nicolas Sarkozy ?
Par Multipol le mercredi 9 mai 2007, 00:13 - Politique étrangère / Interculturel - Lien permanent
Catherine MAIA
Le 6 mai 2007, lors du second tour des élections présidentielles, une majorité de 53% de Français s’est prononcée en faveur de Nicolas Sarkozy. Alors que la politique étrangère a été reléguée à l'arrière-plan durant la campagne, n'offrant que peu de prises à un vrai clivage droite-gauche entre les deux finalistes, le sixième chef de l'État de la Ve République, a aussitôt donné le ton dans sa déclaration faite le soir même de la proclamation des résultats : outre un attachement revendiqué à Israël, une volonté de fermeté accrue à l’égard de l’Iran et une prise de distance annoncée vis-à-vis de la Russie et de la Chine, l'Europe, l'Afrique, la Méditerranée, les relations transatlantiques et le changement climatique figureront parmi les priorités du nouveau Président français. Son discours a esquissé les contours de la nouvelle diplomatie de Paris et reflété l'ambition d'une action internationale active fondée sur les valeurs universelles de tolérance, de liberté, de démocratie et d’humanisme.
Compte tenu de l’impasse dans laquelle se trouve l’Europe à la suite de l’échec du traité constitutionnel - la France, l’un grand pays fondateur de l’UE, ayant rejeté le Traité établissant une Constitution pour l’Europe le 29 mai 2005, suivi par le «non» néerlandais qui a bloqué le processus de ratification – des regards attentifs de toute l’Europe étaient tournés vers les résultats des élections présidentielles françaises. Dans le discours prononcé après l’annonce de sa victoire M. Sarkozy s’est adressé aux États membres de l’UE pour affirmer son engagement européen : «Je veux lancer un appel à nos partenaires européens, auxquels notre destin est lié, pour leur dire que toute ma vie j’ai été européen, que je crois en la construction européenne (…)». Et d’ajouter qu’avec lui, «la France est de retour en Europe».
La solution du chef de l’État français pour sortir de l’impasse constitutionnelle passe par l’adoption d’un «mini-traité» européen d’ici à 2008, non plus par la voie du référendum mais par celle du Parlement réuni en Congrès. Ce traité allégé retiendra les mesures du Traité constitutionnel faisant l’objet d’un consensus, notamment la première partie de ce texte qui vise à simplifier et à améliorer le fonctionnement des institutions européennes (instauration de coopérations renforcées, d'une présidence stable et d'un chef de la diplomatie européenne pour donner à l’Europe un visage et une voix, l’abolition de la règle de l’unanimité dans l’Union...). Le Conseil européen de juin devrait convoquer une conférence intergouvernementale pour rédiger ce nouveau texte avant la fin de l'année. Nicolas Sarkozy souhaite qu’il soit ratifié avant la présidence française de l'Union, qui commence le 1er juillet 2008.
En Europe, José Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne, a exprimé son contentement après la victoire de M. Sarkozy, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Tony Blair, entre autres, ont félicité le nouveau Président.
En revanche, après les déclarations de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle assénant que la Turquie est située géographiquement en Asie mineure et qu’elle ne remplit aucune des conditions pour intégrer l’Union européenne, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré qu’il espérait que la ligne diplomatique du nouveau Président français n'affectera pas le processus d'adhésion d'Ankara à l'Union, ni les relations bilatérales entre la France et la Turquie. Opposé à l’entrée de la Turquie dans l'Union européenne, Nicolas Sarkozy pourrait chercher à réorienter les négociations vers l’édification d’une Union méditerranéenne qui lui tient tant à cœur.
Autre priorité, l'Afrique, qui pourrait faire l'objet, dès la rentrée de septembre, d'un premier voyage extra-européen. «Je veux lancer un appel à tous les Africains, un appel fraternel pour dire à l'Afrique que nous voulons l'aider ; aider l'Afrique à vaincre la maladie, à vaincre la famine, à vaincre la pauvreté, à vivre en paix. Je veux leur dire que nous allons décider ensemble d'une politique d'immigration maîtrisée et d'une politique de développement ambitieuse», a-t-il lancé dimanche 6 mai. Ses propos, qui ont évité l’utilisation de l’expression d’«immigration choisie» - l’un des thèmes phares du nouveau Président - ont cherché à apaiser l'inquiétude suscitée chez les Africains. Bon nombre de dirigeants africains s’interrogent cependant aujourd’hui sur les relations futures entre la France et l'Afrique, non seulement en matière d'immigration mais également en matière de défense, Paris devant examiner un redéploiement militaire sur le continent noir, notamment en Afrique de l’Ouest, comme ailleurs dans le monde.
Troisième priorité, les relations transatlantiques. Avec les «amis américains», Nicolas Sarkozy entend, là encore, tourner définitivement la page du différend irakien. George Bush, qui l'a appelé dès le 6 mai au soir pour le féliciter, a déclaré voir de «véritables opportunités» de travail avec Paris. La relance diplomatique avec les États-Unis se profile, mais Nicolas Sarkozy a également précisé que «L’amitié, c’est d’être avec ses amis quand ils ont besoin de vous et d’être capable de leur dire la vérité quand ils ont tort», ce qui vaut tout particulièrement en matière de réchauffement climatique. Invitant les États-Unis «à ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique», le nouveau Président français plaide pour la création d’une «Organisation mondiale de l’environnement», notamment pour «faire contrepoids à l’OMC qui a tendance à négliger les problèmes environnementaux».
Mise à jour (18/05/2007)
La liste officielle du gouvernement de François Fillon, premier gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a été publiée le vendredi 18 mai. Composé de 15 ministères (huit hommes et sept femmes ministres) et de 5 secrétariats d'État, l'UMP lui donne sa tonalité dominante, notamment avec le numéro deux de l’équipe gouvernementale, Alain Juppé, ministre d'État en charge de l'environnement, du développement durable, de l'energie et des transports.
L’ouverture s’est faite sur les questions internationales, avec la nomination d’Hervé Morin (UDF) à la Défense et de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères et européennes, cette dernière nomination ayant aussitôt conduit à la déclaration de son exclusion du PS. Co-fondateur de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières puis de Médecins du Monde, ministre de la Santé sous Lionel Jospin, Kouchner a été administrateur civil de l’ONU pour le Kosovo de 1999 à 2001, après avoir bataillé pour la reconnaissance du droit d’ingérence humanitaire dans les années 90. Candidat malheureux de la France au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en novembre 2006, il a été nommé un mois plus tard représentant de l’Union européenne pour les droits de l’Homme au Sri Lanka.
- À lire dans le journal LE MONDE en date du 20 mai 2007, une tribune du fraîchement nommé ministre des Affaires étrangère et européennes, M. Bernard Kouchner, «Pourquoi j'ai accepté» :
«Conflits sociaux en France ou engagements extérieurs : j'ai toujours été et je demeure un militant de tous ces combats qui souvent ont fait la grandeur de notre pays. Depuis 1968, au Biafra comme à l'ONU et au Kosovo, en passant par Médecins sans frontières, Médecins du monde et de nombreuses autres expressions de la société civile, j'ai agi pour la défense des mêmes idéaux de solidarité et de progrès. Ministre, je porterai haut ces valeurs de la diplomatie française.
En près de quarante ans d'action humanitaire et de batailles politiques pour les Droits de l'Homme, nous avons fait bouger le monde dans les domaines de la diplomatie, de la santé ou de la protection des minorités. Nous poursuivrons demain nos efforts en construisant une mondialisation plus juste, une Europe plus forte, et en retrouvant pour la France l'ambition que lui assigne son histoire.
J'ai toujours été et je demeure un homme libre, militant d'une gauche ouverte, audacieuse, moderne, en un mot social-démocrate. En acceptant aujourd'hui de travailler avec des gens qui sur bien des sujets ne pensent pas comme moi, je ne renie pas mes engagements socialistes. J'ai participé à la campagne de Ségolène Royal et j'ai voté pour elle aux deux tours de l'élection présidentielle parce qu'elle me semblait représenter une chance pour la gauche. La France a tranché : cette étape est maintenant derrière nous. Je continuerai à réfléchir et à me battre, avec tous les esprits ouverts, pour qu'existe enfin une social-démocratie française. La politique extérieure de notre pays n'est ni de droite ni de gauche. Elle défend les intérêts de la France dans un monde qui se réinvente chaque jour. Elle doit être déterminée et novatrice. En me faisant l'honneur de me proposer de diriger la diplomatie de la France, le président de la République n'a pas imaginé que je devienne sarkozyste. Certaines de mes convictions ne sont pas les siennes et réciproquement. Voilà qui annonce, j'espère, d'heureux changements de style, d'analyse et d'époque. Cela porte un beau nom : l'ouverture.
Je sais que certains de mes amis me reprochent ce nouvel engagement. A ceux-là, je réclame crédit : mes idées et ma volonté restent les mêmes. S'ils me prennent un jour en flagrant délit de renoncement, je leur demande de me réveiller. Je garantis que ce temps n'est pas venu. N'ayons pas peur de l'avenir ; regardons au-delà des cloisons partisanes. Je fais partie d'un gouvernement réuni pour agir et être utile à la France, à l'Europe et au monde. On me jugera sur mes résultats».
Commentaires
Le média japonais craind que le nouveau président français ait une distance du Japon. L'ancien présient Chirac était bien connu comme personne très amicale pour le Japon et la culture japonaise: par ex. la lutte japonaise "Sumo". M. Sarcozy avait diffamé le Sumo avant.
Deux années seulement séparent Tony Blair de Nicolas Sarkozy. Le premier quitte le pouvoir à 54 ans tandis que le second y accède à 52 ans.
Entre le travailliste britannique et le leader de la droite française, le courant est toujours bien passé, et même mieux qu'avec les socialistes français, peu avares de critiques vis-à-vis du Premier ministre anglais jugé trop «libéral» à leurs yeux.
La première rencontre internationale de Sarkozy sera aujourd'hui avec le chef du gouvernement britannique, en passe de quitter le pouvoir. Auparavant, Blair aura fait une halte à l'Elysée. Le locataire du 10 Downing Street a félicité lundi 7 mai le nouveau Président de la République française, via une vidéo diffusée sur internet, où il lui déclare, en français, toute l'«admiration» qu'il lui voue.
Il est vrai que les deux hommes ont toujours su garder une entente cordiale entre eux, même au moment où les relations entre les deux pays connaissaient des tensions avec la guerre en Irak en arrière fond. Serait-ce le début d'un pragmatisme à l'anglaise ?
Je réagis surtout par rapport à trois axes de la politique étrangère de la France.
D'un, la France a une politique américaine axée sur l'égalité entre deux anciennes puissances qui pouvaient se tutoyer, l'une reposant sur son rayonnement d'antan, et l'autre sur son rayonnement d'aujourd'hui. ce sont encore deux pays qui ont prétention à des valeurs universelles... mais qui ont eu par le passé des relations à la "je t'aime, moi non plus". le nouveau président va-t-il courber l'échine sur certains questions, tant est-il que la France et les US font tous parties du bloc occidental et sont d'accord sur bon nombre de sujets internationaux, certes avec des nuances.
De deux, nous avons la politique africaine de la France définie dans une certaine "cellule africaine de l'Elysée" et qui a consisté jusque-là, à préserver les intérêts français en Afrique, quitte à maintenir les dictatures et les potentats. Sur cette question, droite et gauche s'équivalent. Le nouveau président va-il rompre avec ces relations ambigues qui permettent de maintenir une partie de l'Afrique francophone sous des régimes peu recommandables, va-t-il maintenir les fameux sommets France-Afrique, aura-t-il les mains libres pour mener une politique nouvelle ? Peu sûr, surtout au moment où la France perçoit mal l'intrusion de la Chine dans son ancien pré-carré. Les relations commerciales entre la France et ce continent ont été excédentaires de 6 milliards d'euros pour la France et toutes les grosses entreprises françaises sont installées en Afrique : Bolloré, Bouygues, les banques, AXA, TOTAL, Société générale, crédit lyonnais, BNP...
Enfin, la France a souvent eu une politique pro-arabe. Là aussi, les relations avec cette partie du monde, que la France connaît bien, date depuis des siècles. Je pense particulièrement à la position de la France dans le conflit israelo-palestinien et à la prudence qu'elle affiche lorsqu'il s'agit de traiter avec le monde arabo-musulman. L'élection de Sarkozy a été perçue comme un bon signe en Israel, mais si celui-ci s'implique fortement dans la résolution de ce conflit avec ses pairs européens (ce qui redonnerait crédit à l'UE dans cette affaire), il semble moins sûr que cette politique arabe de la France connaisse un changement de cap soudain. On sera plutôt dans la continuité.
Pour une analyse du programme de politique extérieure de Nicolas Sarkozy sur le continent africain, lire l'analyse publiée sur AMISPHERESUD : "L'Afrique pour le candidat UMP Nicolas Sarkozy"
http://www.amispheresud.com/article...
Cette fois, c’est officiel. La passation de pouvoir entre l’ancien et le nouveau Président de la République française a eu lieu hier au terme d’une cérémonie à l’Élysée. À Abidjan, le départ de Jacques Chirac n’est pas pour déplaire à Simone Gbagbo, l’épouse du Chef d’État ivoirien pour qui l’ancien Président français restera cette "araignée de l'ombre" qui a tout fait pour renverser son mari et qui a voulu donner d'elle l'image d'un véritable "monstre" lié à des escadrons de la mort. C’est d’ailleurs pour répondre aux calomnies dont elle a été victime de la part de la "France chiraquienne", une France dont elle et son mari ont voulu s’affranchir de la tutelle coloniale, qu’elle a écrit son autobiographie, Paroles d'honneur, tirée à 6.000 exemplaires et rapidement épuisée à Abidjan. Aujourd'hui, Simone Gbagbo dit souhaiter de "nouvelles relations" avec la France, mais elle prévient d’ores et déjà Nicolas Sarkozy qu'il sera "le bienvenu s'il ne soutient pas les rebelles, mais très malvenu sinon".
Retrouvez également l'analyse de Pascal BONIFACE : "Sarkozy peut-il changer notre politique étrangère ?" (Challenges, 10 mai 2007)
http://www.iris-france.org/Tribunes...
"Dès son élection à la présidence, Nicolas Sarkozy a adopté une tonalité gaulienne. Différente de ses postures et déclarations de candidat qui, elles, laissaient présager une rupture.
L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République suscite des attentes contradictoires concernant une rupture avec la diplomatie traditionnelle de la Ve République. Cette rupture reposerait sur une vision de la construction européenne proche de celle des Britanniques, un virage stratégique pro-américain, la fin d'une politique active dans et avec le monde arabe au profit de la réaffirmation de l'alliance avec Israël.
Ces options constitueraient un changement net de notre politique étrangère. Nicolas Sarkozy les mettra-t-il en œuvre ? L'histoire, la géographie, les traditions, et surtout les intérêts sont des marqueurs puissants que l'on ne peut balayer d'un revers de la main. Au-delà des postures de campagne, la part de continuité est généralement plus forte que celles de changements.
Se rappelle-t-on que Jacques Chirac, présenté aujourd'hui comme le champion de l'opposition aux Etats-Unis et de la promotion du multilatéralisme, avait commencé son premier mandat avec la reprise des essais nucléaires français et la tentative de réintégrer la France dans l'OTAN ?
Ces derniers mois, on a vu deux attitudes successives de Nicolas Sarkozy. Avant d'être désigné candidat, et afin de marquer sa différence avec Jacques Chirac, il insistait sur la mise en place d'une nouvelle politique étrangère. Il acceptait avec satisfaction le surnom de " Sarko l'américain ", déclarait aux ambassadeurs arabes, stupéfaits, que sa priorité était la relation avec Israël. Dès qu'il a été investi, il a retrouvé une tonalité plus gaullienne. Et réaffirmé la justesse des grandes prises de position de la France sur la scène internationale, notamment l'opposition à la guerre en Irak. Devenu président, il affiche obligatoirement une nouvelle stature, moins partisane certes.
Une de ses premières urgences sera de reprendre le cours de la construction européenne stoppé par le non français au référendum en mai 2005. Il choisira la voie prudente de la ratification parlementaire, mais dans sa déclaration suivant l'annonce de sa victoire, il a affirmé accorder de l'importance à la voix des peuples qui veulent être protégés. C'est un signe en direction de ceux qui ont voté " non ". Il a salué l'amitié historique avec les Américains, mais a rappelé que cela s'accompagnait du droit à penser différemment. Enfin, en disant que c'est en Méditerranée que tout va se jouer, il admet que les relations entre les mondes occidental et musulman sont une question-clé. Or le rêve de paix qu'il évoque ne pourra se faire sans un règlement du conflit israélo-palestinien. Aux Africains, ils veut faire passer son message sur l'immigration restreinte par des promesses d'aide au développement.
Les cinq premiers présidents de la Ve République aux tempéraments différents, ont forgé un héritage diplomatique commun. Si aucun des successeurs du général de Gaulle n'a rompu avec lui, c'est parce qu'il en allait de l'intérêt du pays, dont chaque président est comptable".
La liste officielle du gouvernement de François Fillon, premier gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a été publiée le vendredi 18 mai. Composé de 15 ministères (huit hommes et sept femmes ministres) et de 5 secrétariats d'État, l'UMP lui donne sa tonalité dominante, notamment avec le numéro deux de l’équipe gouvernementale, Alain Juppé, ministre d'État en charge de l'environnement, du développement durable, de l'energie et des transports.
L’ouverture s’est faite sur les questions internationales, avec la nomination d’Hervé Morin (UDF) à la Défense et de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères et européennes, cette dernière nomination ayant aussitôt conduit à la déclaration de son exclusion du PS. Co-fondateur de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières puis de Médecins du Monde, ministre de la Santé sous Lionel Jospin, Kouchner a été administrateur civil de l’ONU pour le Kosovo de 1999 à 2001, après avoir bataillé pour la reconnaissance du droit d’ingérence humanitaire dans les années 90. Candidat malheureux de la France au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en novembre 2006, il a été nommé un mois plus tard représentant de l’Union européenne pour les droits de l’homme au sri lanka.
À lire dans le journal LE MONDE en date du 20 mai 2007, une Tribune du fraîchement nommé ministre des Affaires étrangère et européennes, M. Bernard Kouchner, « Pourquoi j'ai accepté » :
« Conflits sociaux en France ou engagements extérieurs : j'ai toujours été et je demeure un militant de tous ces combats qui souvent ont fait la grandeur de notre pays. Depuis 1968, au Biafra comme à l'ONU et au Kosovo, en passant par Médecins sans frontières, Médecins du monde et de nombreuses autres expressions de la société civile, j'ai agi pour la défense des mêmes idéaux de solidarité et de progrès. Ministre, je porterai haut ces valeurs de la diplomatie française.
En près de quarante ans d'action humanitaire et de batailles politiques pour les Droits de l'Homme, nous avons fait bouger le monde dans les domaines de la diplomatie, de la santé ou de la protection des minorités. Nous poursuivrons demain nos efforts en construisant une mondialisation plus juste, une Europe plus forte, et en retrouvant pour la France l'ambition que lui assigne son histoire.
J'ai toujours été et je demeure un homme libre, militant d'une gauche ouverte, audacieuse, moderne, en un mot social-démocrate. En acceptant aujourd'hui de travailler avec des gens qui sur bien des sujets ne pensent pas comme moi, je ne renie pas mes engagements socialistes. J'ai participé à la campagne de Ségolène Royal et j'ai voté pour elle aux deux tours de l'élection présidentielle parce qu'elle me semblait représenter une chance pour la gauche. La France a tranché : cette étape est maintenant derrière nous. Je continuerai à réfléchir et à me battre, avec tous les esprits ouverts, pour qu'existe enfin une social-démocratie française.
La politique extérieure de notre pays n'est ni de droite ni de gauche. Elle défend les intérêts de la France dans un monde qui se réinvente chaque jour. Elle doit être déterminée et novatrice. En me faisant l'honneur de me proposer de diriger la diplomatie de la France, le président de la République n'a pas imaginé que je devienne sarkozyste. Certaines de mes convictions ne sont pas les siennes et réciproquement. Voilà qui annonce, j'espère, d'heureux changements de style, d'analyse et d'époque. Cela porte un beau nom : l'ouverture.
Je sais que certains de mes amis me reprochent ce nouvel engagement. A ceux-là, je réclame crédit : mes idées et ma volonté restent les mêmes. S'ils me prennent un jour en flagrant délit de renoncement, je leur demande de me réveiller. Je garantis que ce temps n'est pas venu.
N'ayons pas peur de l'avenir ; regardons au-delà des cloisons partisanes. Je fais partie d'un gouvernement réuni pour agir et être utile à la France, à l'Europe et au monde. On me jugera sur mes résultats ».
Dans une tribune au Figaro, le ministre français de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, Brice Hortefeux, a exposé quatre objectifs à atteindre : maîtriser les flux migratoires, favoriser l'intégration, promouvoir l'identité française et encourager le codéveloppement.
S’agissant de ce dernier point, voici ce qui est proposé : «Nous devons faire en sorte que les transferts de fonds des migrants en France vers leur pays d'origine, dont 80% sont aujourd'hui consacrés à la consommation courante, soient davantage utilisés à des fins d'investissement productif. Nous allons par exemple, mettre en oeuvre le "compte épargne codéveloppement" qui est destiné à mobiliser l'épargne des migrants présents en France vers des projets d'investissement économiques dans leur pays d'origine». (Le Figaro, «Immigration : Brice Hortefeux s'explique», 1er juin 2007, http://www.lefigaro.fr/debats/20070...)
Et si les deux millions d'expatriés français bénéficiaient de cette même conception du codéveloppement pour rembourser la dette de 1000 milliards d'euros de la France ?
À lire sur le site de la SFDI (http://sfdi.org/) : «Évolution de la doctrine française relative à la légitime défense ?», par le Professeur Philippe WECKEL.
Outre le changement de dénomination du ministère des Affaires étrangères qui devient celui des «Affaires étrangères et européennes» (MAEE) et l’éventualité de la création d’un livre blanc sur la politique étrangère française, sorte de corpus de doctrine sur les orientations diplomatiques du pays, Philippe WECKEL constate, en se fondant sur de récents points de presse du Porte-parole du MAEE, que la France pourrait avoir infléchi sa position sur la délicate question de la légitime défense : «L'intérêt pratique de la nouvelle position de la France (si elle était confirmée) est de distinguer les représailles militaires et les exécutions extra-judiciaires d'une part, de l'exercice légitime du droit que possède d'autre part tout État, naturellement et pas spécialement Israël, de se défendre contre toute force hostile agissant de l'étranger, quelle que soit la nature de cette force».
Et de constater aussitôt que cette clarification soulève de nouvelles difficultés : «L'objectivité, s'agissant de la détermination de la position de l'État, consiste à se mettre à la place de cet autre État dont on examine le comportement. Qui croit que la France ne revendiquerait pas le droit inhérent de répliquer, si elle était soumise comme Israël à des attaques répétées venant d'éléments non étatiques ?».
Spécialiste de l’Afrique au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) à Paris, Roland Marchal est diplômé de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales et membre du comité scientifique de la revue trimestrielle "Politique Africaine". Dans le journal français "Libération", il explique pourquoi l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée et la nomination de Bernard Kouchner aux ministère des Affaires étrangères marquent un tournant dans la politique africaine de la France : "En Afrique, le paternalisme de Chirac, c'est fini", par Arnaud Vaulerin (Libération) -
8 juin 2007
http://www.liberation.fr/actualite/...
A l'initiative de la France, une conférence internationale se tient aujourd'hui à Paris sur le Darfour, réunissant les ministres des Affaires étrangères des pays du G8, de nombreux pays africains et des représentants d'organisations internationales, dans le but de relancer les efforts visant à mettre fin au sanglant conflit dans cette région de l'ouest du Soudan.
A cette occasion, Nicolas Sarkozy a reçu à l'Elysée la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, avec qui il a fait un tour d'horizon de l'actualité internationale. L'entretien entre le président français et le chef de la diplomatie américaine, a duré un peu plus d'une heure. Les deux dirigeants, qui se rencontraient pour la première fois en tête-à-tête depuis l'élection du chef de l'Etat français en mai, ont évoqué plusieurs sujets prioritaires.
Concernant le Liban, ils ont pu constater qu'ils partageaient l'objectif d'un Liban indépendant, débarrassé des contingences extérieures. Concernant l'Iran, Nicolas Sarkozy a redit à son hôte que le Conseil de sécurité de l'ONU devait être uni sur une position de fermeté et de recherche d'une solution diplomatique. La situation au Kosovo a également été abordée, donnant l'occasion au président français de réaffirmer qu'à ses yeux, l'indépendance était inéluctable mais qu'il fallait veiller à ce que les Européens ne soient pas divisés.
Une dizaine de jours après le G8 d'Heiligendamm, dont le réchauffement climatique a été l'un des sujets phares, Nicolas Sarkozy a redit l'importance qu'il accordait à ce que les Etats-Unis soient la figure de proue dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Abordant, enfin, les discussions à l'OMC, Nicolas Sarkozy a réaffirmé que le temps de la naïveté était terminé.
Le 27 août dernier, Nicolas Sarkozy a adressé à son ministre des Affaires étrangères et européennes une lettre de mission relative à l’élaboration, d'ici juin 2008, d’un "Livre blanc" sur la politique diplomatique de la France.
On peut y lire que le gouvernement n'a « qu'un seul devoir : celui de mettre en œuvre le programme présidentiel (...) ». Ce monopole nettement affirmé du chef de l’État dans la définition de la politique étrangère ferait (presque) oublier qu’il s’agit – selon la Constitution – d’un domaine partagé et non réservé !!!
Sur le site de Sentinelle, voir la note du Prof. Philippe WECKEL, « Annonce d'un "Livre blanc" sur la politique étrangère de la France », 9 sept. 2007 (http://sfdi.org/)
ENTRETIEN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
AVEC LE QUOTIDIEN "NEW YORK TIMES"
(Paris, 24 septembre 2007)
Q - Merci de nous recevoir. Nous sommes très honorés que vous nous accordiez cet entretien avant votre départ pour votre première Assemblée générale et nous vous souhaitons un excellent voyage aux États-Unis.
Vous avez expliqué les grandes lignes de votre politique étrangère à vos Ambassadeurs et, maintenant, vous abordez votre première Assemblée générale des Nations unies. Y a-t-il une initiative que vous souhaitez évoquer à New York et quels sont vos objectifs pour cette rencontre ?
R - Je veux défendre l'idée que la France militera toujours pour la paix et pour qu'il y ait la paix dans le monde. Je dis la paix pas la stabilité. La stabilité pour moi, ce n'est pas un objectif suffisant. Car la stabilité, cela veut dire qu'on tolère un certain nombre de choses qui ne sont pas forcément tolérables. La paix, on l'aura par le multilatéralisme. Je crois à la légitimité de l'ONU. Nul pays ne peut seul imposer sa loi au monde, c'est la raison pour laquelle je crois que la paix sera le produit du multilatéralisme. Je crois à la justice, parce que la paix, on ne l'aura pas sans la justice et je poserai la question sur les supers bénéfices sur certaines matières premières. Non pas dans un esprit de taxation mais dans un esprit de raison. On ne peut avoir d'un côté les super bénéfices et de l'autre, des super pauvretés. Je crois également que pour qu'il y ait la paix, il faut refuser la démission devant le fait accompli de certaines situations inacceptables. Je pense notamment à l'Iran. Je pense enfin qu'il faut se battre sur les grands principes qui sont des principes universels. Voilà les idées que je souhaite développer aux Nations unies étant entendu que la France assume ses amitiés sans complexe. Et justement parce que la France assume sans complexe ses amitiés, elle se réserve de pouvoir tendre la main à tout le monde. Je sais où est ma famille, je sais où sont mes valeurs, je sais ce que sont mes idées, mais je veux, parce que je sais qui je suis, tendre la main à celui qui est différent. Et la spécificité de la France doit être là, un pays qui ne doute pas de ses valeurs, ni de ses alliances mais qui justement, parce qu'il ne doute ni de ses valeurs, ni de ses alliances, a la force de tendre la main à tous sur la planète.
Q - Vous avez évoqué le nom de l'Iran à propos duquel il y a beaucoup de confusion dans la politique française à ce jour. Vous avez dit, y compris hier soir, que l'Iran doté de l'arme nucléaire est inacceptable.
R - Je le confirme. Les recherches iraniennes sur le nucléaire militaire font courir au monde un grave risque. C'est inacceptable. De même qu'il est inacceptable d'avoir le nucléaire militaire pour la Libye, et le nucléaire militaire pour la Corée du Nord. L'Iran est un grand pays, les Iraniens sont un grand peuple, l'Iran est une grande civilisation, l'Iran a toute sa place à jouer. L'Iran peut accéder au nucléaire civil. L'Iran a un rôle extrêmement important dans la région. L'Iran a mieux à faire que de chercher à se doter d'une arme nucléaire. Je le dis aux dirigeants iraniens sans l'ombre d'une ambiguïté. Je suis prêt à expliquer que pour empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire, il faut renforcer les sanctions. Pour ma part, je ne prononce pas le mot guerre.
Q - Mais, est-ce que vous auriez la gentillesse d'expliquer votre phrase dans le discours aux Ambassadeurs ? Vous parliez d'une alternative catastrophique entre la bombe iranienne et le bombardement de l'Iran.
R - Ça, c'est ce dont je ne veux pas, c'est ce dont ne veut pas la France. Et à l'intérieur de ces deux extrêmes, il y a la voie pour la négociation, pour les sanctions, pour la fermeté et pour la discussion. Voilà, le total ensemble. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a aucune solution entre la soumission et la guerre. Il y a une palette de décisions que la communauté internationale doit prendre pour faire comprendre aux Iraniens qu'ils sont dans une impasse, comme on a réussi à le faire comprendre aux Coréens du Nord, comme on a réussi à le faire comprendre aux Libyens. Nous ne sommes pas condamnés aux deux extrêmes.
Q - Mais la France serait-elle prête à faire usage de la force pour empêcher la République islamique d'Iran d'avoir l'arme nucléaire ?
R - Mais c'est justement une alternative que je refuse dans mon expression, soit la soumission, soit la force. C'est exactement ce que souhaitent les dirigeants iraniens. Je ne suis pas obligé de tomber dans ce piège. Entre la soumission et la guerre, il y a une palette de situations, de solutions qui existent comme le renforcement des sanctions qui finiront par produire leurs effets.
Q - Concernant les sanctions, par exemple, on parle de recommandations aux sociétés comme Total ou Gaz de France de terminer leurs activités en Iran. Est-ce que…
R - La France n'aura pas deux langages. La France veut dire aux Iraniens : pas d'arme nucléaire militaire et nous ne cherchons pas à négocier par sociétés interposées des contrats. Nous n'avons qu'un seul langage et partant, nous recommandons très vivement aux sociétés françaises de s'abstenir d'aller en Iran tant que les procédures de sanction ont été déterminées par la communauté internationale. Et si les sanctions ne sont pas suffisantes, je souhaite une troisième série de sanctions plus fortes, étant entendu que les sanctions ne peuvent fonctionner que s'il y a unanimité donc il faut emmener tout le monde.
Q - Mais cette stratégie est vraiment différente pour la France, c'est une rupture avec la politique de principe de la France qui a hésité d'imposer des sanctions ou même de réfléchir à des sanctions en dehors du contexte de l'ONU…
R - Je préfère les sanctions de l'ONU, mais la troisième série de sanctions, elle sera votée, je l'espère par l'ONU. Mais que la Communauté européenne adopte elle-même des sanctions, ce n'est pas de l'unilatéralisme, c'est une décision internationale, multilatérale, donc elle me va.
Q - Mais cette stratégie politique est différente ?
R - Vous savez, je ne fais pas l'exégèse de ce qui se faisait avant, j'essaye d'être cohérent dans ce qui se fait maintenant. Voilà, la position de la France, elle est là : pas d'arme nucléaire pour l'Iran, l'arsenal des sanctions pour les convaincre, la négociation, la discussion, la fermeté et je ne veux pas entendre parler d'autre chose qui n'apporterait rien à la discussion aujourd'hui.
Q - Mais, pouvez-vous nous expliquer précisément, quelles sont vos propositions pour augmenter la pression économique et financière sur l'Iran, parce que l'on parle d'un mécanisme de sanctions au niveau européen, soit de l'Union européenne soit au niveau interne ?
R - Je n'ai pas à rentrer dans le détail. Ce que je veux obtenir, c'est que la société iranienne se rende compte de l'impasse où les conduit l'attitude de quelques-uns uns de ses dirigeants. Ce que je souhaite, c'est qu'il y ait un véritable débat au sein de la société civile et politique iranienne pour voir que l'Iran, comme tous les autres pays du monde, ne peut survivre à un isolement total. Voilà, et le plus tôt ils le comprendront, le moins longtemps, le peuple iranien qui n'y est pour rien, n'aura à subir des souffrances, voilà, c'est une crise internationale qu'il faut gérer avec beaucoup de sang-froid, avec beaucoup de fermeté, mais avec beaucoup de réflexion. C'est ce que j'essaye de faire. En tout cas, je n'irai pas au-delà. Parce que ce n'est pas la politique de la France. Cela ne sert à rien d'évoquer d'autres alternatives. C'est parfaitement contre-productif.
Q - Certains disent, que la politique de la France concernant l'Iran se rapproche de l'approche de la politique américaine en Iran. Est-il juste de dire qu'à ce stade, pour la France, comme pour les États-Unis, toutes les options sont sur la table ?
R - La question pour moi, sur l'Iran, n'est pas de savoir si nous sommes proches des États-Unis ou pas. La question est de maintenir l'unité de la communauté internationale face à l'Iran. Après je laisse aux commentateurs le soin de juger si nous sommes plus proches ou moins proches. Par ailleurs, l'expression "toutes les options sont sur la table" n'est pas la mienne et je ne la fais pas mienne. Moi, j'ai expliqué quelle était notre stratégie et je m'y tiendrai. Je suis tout à fait prêt à parler des États-Unis Je ne me détermine pas sur la question iranienne en fonction de la position des seuls États-Unis. La position des Russes, la position des Chinois, cela compte pour obtenir des sanctions. Et ne pas avoir comme alpha et oméga, la position de la France et la position des États-Unis.
Q - Dans la version anglaise de votre livre "Témoignage", il est fait référence à l'Iran comme une nation hors-la-loi. Si tel est le cas, la doctrine de l'endiguement (containment) peut-elle s'appliquer ou le régime doit-il être remplacé ?
R - Moi, je ne dirais pas que l'Iran est une nation interdite, une nation en dehors, parce que cela voudrait dire que le peuple iranien est lui-même en dehors. Je pense que le peuple iranien est d'abord victime avant d'être coupable. Je pense que certains dirigeants iraniens se sont mis en dehors de la communauté internationale, mais pas la nation, parce que le peuple iranien, il a le droit de vivre, il a droit à la prospérité, il a le droit à la paix, il a le droit au développement.
Q – M. Kouchner a dit qu'il aimerait bien aller à Téhéran s'il était invité, pourquoi ?
R - Je pense que les conditions d'un voyage aujourd'hui à Téhéran ne sont pas remplies. Dans les couloirs de l'ONU, on peut discuter. Un voyage à Téhéran, c'est autre chose.
Q - Concernant l'OTAN, vous avez dit aux ambassadeurs, que vous souhaitiez la rénovation de ses relations avec la France. Est-ce que la France est prête à retourner dans les structures militaires intégrées de l'OTAN. Et dans quelles circonstances ?
R - D'abord, je n'ai pas de problème avec l'OTAN. Je rappelle que la France est membre fondateur de l'OTAN et que sur les vingt-six pays membres, il y en a vingt et un qui sont européens. Je voulais rappeler cela. Nous avons fondé l'OTAN avec nos amis américains. Alors, qu'on arrête de présenter l'OTAN comme une espèce d'épouvantail, premier point. Deuxième point, nous sommes dans l'OTAN, nous en sommes un des principaux contributeurs, financiers et humains. Ce n'est pas une invention de ma part, quand même, je le rappelle. Alors, faut-il une évolution ? C'est une éventualité qui, pour être positivement envisagée, passe par deux préalables qui doivent être levés. Le premier c'est que je veux me battre pour l'Europe de la défense, quelle que soit l'importance de l'OTAN, là l'Europe doit se défendre de façon efficace et indépendante. L'Europe ne peut pas être une puissance économique sans assurer sa propre sécurité, donc je conditionnerai un mouvement dans les structures intégrées par une avancée sur l'Europe de la défense. Je demande d'ailleurs à nos amis américains de le comprendre. Une Europe qui serait capable de se défendre de façon indépendante n'est pas un risque pour les Américains, c'est un atout. Troisième point, il va de soi que si nous devions envisager un tel mouvement, il ne pourrait avoir lieu que dans la mesure où une place serait faite dans les instances de direction, au plus niveau, pour des représentants de la France. Et c'est sur ces deux axes que nous sommes en train de travailler.
Q - Est-ce que vous savez à peu près quand ce travail sera fini ?
R - Ce n'est pas tant le travail qui doit être fini que les solutions apportées. J'attends aussi des réponses des uns comme des autres. C'est d'ailleurs un très grave problème pour l'Europe, le fait que seuls quatre pays, en vérité, contribuent à la sécurité de l'Europe : la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie, la France, et dans une moindre mesure l'Espagne. C'est un grave problème, on ne peut pas assurer à quatre ou cinq la sécurité de vingt-sept pays.
Q - Est-ce que vous pourriez m'expliquer dans quelles circonstances la France est prête à retourner dans les structures militaires intégrées de l'OTAN ?
R - Je rends hommage à votre entêtement, au souci que vous avez de poser des questions brûlantes de façon parfaitement banalisée. J'ai répondu à cette question. Il y a deux préalables. Sans avancée sur ces deux préalables, il n'y aura pas de réintégration. Avec des avancées sur ces deux préalables, on peut discuter de l'opportunité d'une réintégration.
Q - M. Morin a dit qu'il faut avancer sur le chemin commencé en 1994-96 et clarifier la position de la France à l'OTAN ? Vous en dites quoi ?
R - La France ne peut reprendre sa place que si une place lui est faite. Difficile de prendre une place qu'on ne vous réserve pas.
Q - Vous avez donné une nouvelle force dans la façon dont la France projette son influence sur le monde. Est-ce que la France est de retour ?
R - Je l'espère. D'abord la France est de retour à la Commission européenne que je vois comme un allié et non comme un adversaire. La France est de retour en Europe de l'Est parce que la France a beaucoup de choses à dire aux peuples de l'Est. La France est de retour aux États-Unis parce que je veux dire au peuple américain que le peuple français est un peuple ami. Nous ne sommes pas simplement des alliés, nous sommes des amis. Je suis fier d'être l'ami des Américains. Et vous savez, je le dis au New York Times, mais je l'ai dit aux Français, c'est un peu plus courageux et un peu différent. Écoutez, je n'ai jamais caché mon admiration du dynamisme américain, pour la fluidité de la société américaine, pour sa capacité à porter au plus haut niveau des gens à l'identité différente. Cela fait plus de vingt ans, vingt et un ans que le secrétaire d'Etat américain n'est pas un Américain mais un Américain de l'extérieur, Madeleine Albright, Colin Powell, Condoleeza Rice, un grand exemple à suivre. Il y a d'autres choses que j'aime moins. Mais je me sens très proche des valeurs qui sont portées. Alors après, je n'ai pas de jugement à porter sur telle ou telle administration, sur tel ou tel parti politique, ce n'est pas moi qui choisis le président des Etats-Unis. Je dois travailler avec le peuple américain qui est un peuple ami, quel que soit le président qu'il choisisse. Et les Américains doivent travailler avec le président français quel que soit le président que le peuple français a choisi. Mais une fois ceci posé, la France ne s'interdit pas d'avoir des relations y compris avec des gens qui ont des rapports difficiles avec les États-Unis. Hugo Chavez. On va m'interdire de parler avec Hugo Chavez parce qu'il a un problème avec les États-Unis mais moi j'affirme que nous sommes des amis et que nous devons travailler ensemble. Nous bordons le même océan, fut-il de 8 000 ou 10 000 kilomètres.
Q - Cet été, vous avez passé vos vacances aux États-Unis. Qu'avez-vous appris sur les États-Unis, parce que c'est une ville différente de New York, Washington ou Boston ?
R - Mais peut-être même que c'est les vrais États-Unis. J'ai adoré la Nouvelle-Angleterre, j'ai aimé Boston, j'ai trouvé que c'était une ville extraordinairement belle à la qualité de la vie exceptionnelle. J'ai aimé la gentillesse et la simplicité des gens de Wolfeboro, j'ai aimé la qualité de l'accueil qui nous a été réservé, j'ai adoré les paysages, j'aime les "malls" où l'on peut faire des courses, j'aime les restaurants, j'aime me baigner dans les lacs, j'aime faire mon jogging dans la forêt avec mon fils qui fait du vélo à côté, j'aime la décontraction des gens, leur simplicité. Je ne vois pas pourquoi j'aurais dû renoncer à aller aux États-Unis, sous prétexte qu'une petite partie des élites françaises professe un anti-américanisme qui ne correspond en rien à ce que pense le peuple français, en rien. Quand il y a les célébrations du débarquement, le peuple français accueille les Américains et le drapeau américain est populaire en France. J'ai d'ailleurs dit que les relations entre la France et les États-Unis allaient bien au-delà de la personnalité de M. Sarkozy ou de M. Bush. Il y a des gens qui me succèderont et qui succèderont à M. Bush. Je le vois dans la tradition historique de Rochambeau et de Lafayette.
A l'époque, il y avait 20 millions de Français et 4 millions d'Américains et c'est le génie de Louis XVI d'avoir compris que cette jeune démocratie américaine, il fallait l'aider. La France était là avec Lafayette, Rochambeau. Rochambeau avait refusé de recevoir l'épée des Anglais, l'a donnée à Washington dans un geste magnifique. Lafayette est quand même un grand personnage de la France parce qu'il a porté sur les fonts baptismaux les relations entre les États-Unis et la France. On n'a jamais été en guerre. On s'est toujours entraidé. Je ne vois pas pourquoi on devrait, aujourd'hui, se définir comme des nations ennemies. Cela n'a aucun sens.
Peut-être que les problèmes qu'il y a eu entre nous viennent du fait que nous sommes deux sociétés qui pensons que nos valeurs sont universelles. Je pense que les Français et les États-Unis se ressemblent beaucoup plus qu'ils ne l'imaginent, beaucoup plus. C'est rare les pays dans le monde qui pensent que leurs idées sont universelles. Les Allemands ne pensent pas ça, les Espagnols ne pensent pas ça. Les Italiens ne pensent pas ça. Les Chinois ne pensent pas ça. Ils pensent universels pour eux, enfin je veux dire, à l'intérieur de leur pays. Aux États-Unis et en France, on pense que nos idées ont vocation à irradier le monde et c'est peut-être là que se trouve la compétition entre nous. C'est peut-être le fait qu'on se ressemble.
Q - J'ai proposé à Monsieur l'Ambassadeur que quand vous partirez à Washington, vous pourriez, peut-être, visiter un peu l'Amérique profonde et une ville qui s'appelle Lafayette.
R - Avec plaisir.
Q - Il y a une citation dans votre livre, "Témoignage" que je trouve intéressante concernant l'image de la France. Vous avez écrit " je n'imagine pour la France que la première place en Europe. Cette France est un pays qui doit prendre son leadership en Europe et que l'on peut de nouveau occuper la scène internationale•••
R - On ne peut pas me reprocher de vouloir la première place pour la France. Je pense que la France a une responsabilité particulière en Europe. Pays fondateur, un des pays les plus peuplés, si la France ne prend pas d'initiative, qui le fera ? C'est la raison pour laquelle j'ai proposé le Traité simplifié qui a permis de débloquer une situation en Europe, dans l'impasse constitutionnelle dans laquelle nous nous trouvions. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé un Comité des Sages, pour réfléchir à l'avenir de l'Europe. Je pense que la France a une responsabilité particulière, non pas d'avancer seule mais de proposer des idées. Quel est le problème de l'Europe depuis ces dernières années ? C'est qu'il n'y avait plus d'idées. Le vide sidéral. Quelle est la solution pour l'Europe ? Des débats, des idées, des projets, une espérance.
Q - Il y a les autres initiatives de la France depuis votre élection : Kosovo, Darfour, Liban...
R - Le détroit de Gibraltar, c'est 12 kilomètres. Je pense que le destin de l'Europe et de l'Afrique, c'est lié. Je dis aux nations européennes que l'Afrique est notre problème. Les problèmes de l'Afrique risquent d'être nos problèmes.
Au Darfour, on ne peut pas laisser faire un génocide. Donc, nous avons milité fortement pour une force hybride au Darfour et pour une force de l'Union européenne au Darfour du côté du Tchad. C'est tout notre intérêt. C'est notre intérêt d'aider à surveiller les côtes somaliennes pour que les bateaux puissent décharger de la nourriture et éviter une gigantesque famine. C'est notre intérêt que le Liban demeure ce pays différent et multiple dont le Moyen-Orient a besoin. C'est notre intérêt qu'au Kosovo les Albanais et les Serbes ne s'entretuent pas, parce que c'est l'Europe, parce que c'est les Balkans, et que chacun doit bien comprendre que c'est l'affaire de l'Europe.
La France a vocation à s'occuper de toutes ces situations. Parce que la France a un message pour le monde.
Q - Sur le Kosovo, il semble très probable que la Russie soutienne cette décision d'opposer son veto à toute résolution du Conseil de sécurité. Les États-Unis considèrent cette question comme un test de la détermination de l'Union européenne vis-à-vis de Moscou. L'Europe est-elle prête à ce que Moscou lui dicte sa politique étrangère ou va-t-elle soutenir cette décision ?
R - Premièrement, l'indépendance du Kosovo est, à terme, inéluctable. Deuxièmement, que la Russie veuille retrouver toute sa place, cela me paraît légitime et même souhaitable. Troisièmement, la France veut d'excellentes relations avec la Russie mais la Russie ne peut pas vouloir les droits d'une grande puissance sans en exercer les devoirs. Quatrième élément, sur la question du Kosovo, l'Europe doit rester unie. C'est tous ensemble que nous devons, à terme, soutenir l'indépendance du Kosovo. Et si j'ai dit que ce n'était pas une question de mois, de semaine, c'est parce que je voulais préserver cette unité. M. Poutine doit comprendre que personne ne veut l'humilier, que chacun comprend les efforts qu'il fait pour redonner son statut à la Russie et personne ne peut le lui reprocher. De la même façon, il doit comprendre que ses interlocuteurs ont autant de conviction que lui sur les Droits de l'Homme, sur le respect des minorités, sur l'Etat de droit et sur la démocratie. Cela s'appelle un dialogue.
Q - Et c'est ce que vous avez eu avec lui à Heiligendamm ?
R - Exactement. J'ai été très intéressé de cette discussion avec lui. Il m'a dit sa part de vérité avec franchise. Je lui ai répondu avec la même franchise. Je crois au rôle de la Russie, la Russie est une grande puissance. Mais aucune grande puissance ne peut s'exonérer de ses devoirs.
Q - Vous avez même parlé d'une certaine brutalité sur la scène internationale. C'est une expression assez dure.
R - Elle n'avait pas vocation à être dure. Elle a vocation à être lucide.
Q - Concernant les États-Unis, la campagne présidentielle est déjà bien avancée. Parlez-nous un peu de vos vues sur cette question.
R - D'abord, j'admire les candidats à la campagne présidentielle américaine. C'est certainement l'une des plus dures au monde, les plus difficiles avec celles de la France. Et j'ai été assez fasciné, cet été, de voir le nombre de débats que l'on voyait à l'intérieur de chacune des familles politiques. Je me disais : mon Dieu quelle longue course, quelle énergie faut-il pour porter cela ! Hommage soit ainsi rendu à la démocratie américaine. Ceux qui parlent des élections du président, en général, ne connaissent pas. Moi, je peux témoigner, ça m'intéresse, j'ai regardé, j'ai écouté. Je trouve que c'est très impressionnant parce que ça partait de loin.
Deuxième élément, j'ai également été impressionné de la richesse des candidatures dans chaque parti politique. Quand je regardais les débats du parti démocrate, il y avait 7 à 8 candidats au même niveau. On ne disait pas Mme Clinton est au-dessus des autres. Il y a les sondages. Et chacun pouvait faire valoir ses opinions à égalité. C'est une belle leçon de démocratie. Troisièmement, je suis très fier qu'un certain nombre de candidats comme M. Giuliani citent mes écrits. J'ai beaucoup d'admiration pour M. Giuliani depuis qu'il était maire de New York et qu'il a inventé la tolérance zéro, j'en ai été très heureux.
Pour le reste, je reçois en France, quand ils viennent, tout ce que la classe politique américaine compte de brillants représentants. J'ai vu M. Mc Cain, M. Schwarzenegger, M. Al Gore. Je vais recevoir M. Barack Obama, et je serais très heureux de recevoir tous ceux qui portent les espérances d'une partie des États-Unis d'Amérique.
Q - Qui sera le candidat ?
R - Je m'empêcherai de dire quoi que ce soit même si la situation du côté démocrate semble plus limpide que du côté républicain, à ce que j'ai cru comprendre.
Q - Il y a beaucoup de gens qui critiquent votre relation avec l'administration Bush à Washington. Et c'est une administration qui se termine bientôt•••
R - Ceux qui critiquent cela ont grand tort. Chaque fois que je viens à New York, je rencontre M. Bloomberg. Pour moi, il n'est ni démocrate ni républicain. Quand je rencontre M. Bush ou Mme Rice ou M. Paulson, pour moi, ils ne sont pas républicains. Ils sont les autorités légitimes du pays. Et si demain les États-Unis d'Amérique choisissent un président ou une présidente démocrate, je serais très heureux d'avoir les mêmes relations. Quatre dirigeants européens sont socialistes, cela ne m'empêche pas de travailler avec eux, main dans la main. Cela n'a pas de sens.
Q - Quel est votre message pour le président Bush quand vous le rencontrerez la semaine prochaine ?
R - Vous savez, ce sont des sujets récurrents dans les discussions que j'ai avec M. Bush. Je pense que les États-Unis, la première puissance du monde, se doivent de montrer l'exemple sur la préservation environnementale de notre planète. Les États-Unis sont bordés de deux océans, le Pacifique et l'Atlantique. Le réchauffement de la planète, la montée des eaux concernent les États-Unis. Les grandes nations doivent montrer l'exemple et, plus on est grand, plus on doit être à la tête de cette initiative. C'est extrêmement important. Les États-Unis ont un rôle qu'ils devraient jouer. On serait beaucoup plus fort si les États-Unis respectaient les objectifs de Kyoto que s'ils ne les respectent pas, pour demander aux autres de les respecter également. C'est un enjeu planétaire et c'est une préoccupation dans nos discussions.
Q - Concernant l'Allemagne, Angela Merkel et vous-même avez une relation d'amitié. Sur quels sujets, avez-vous le plus de points et sentiments communs ? Pensez-vous que l'Europe ne peut qu'être plus forte sur la scène internationale quand la France et l'Allemagne ont des vues très proches ?
R - Nous avons beaucoup de points communs Angela Merkel et moi. Je veux rendre hommage à la façon dont elle a présidé l'Union européenne et, sur l'évolution de l'Europe, nous sommes à peu près d'accord sur tout. C'est dire combien je crois à l'axe franco-allemand. Mais que les choses soient claires, il ne suffit pas que les Allemands et les Français soient d'accord pour que toute l'Europe les suive. Et donc, je n'ai pas une vision exclusive de l'axe franco-allemand. Je souhaite que nous laissions une place aux Anglais, aux Espagnols, aux Italiens, aux Polonais. Je pense que c'est très important que l'on entraîne l'ensemble des autres pays. J'ai toujours veillé à cela. L'axe franco-allemand est capital pour la politique française, mais on ne peut pas réduire la politique européenne aux seules relations de gémellité avec nos amis allemands.
Q - La façon dont Mme Merkel, par exemple, a pris la question des Droits de l'Homme avec M. Poutine, est-ce que vous suivrez cet exemple ou pas ?
R - Tout à fait. Nous partageons sur ce point les mêmes convictions, les mêmes valeurs et j'ajoute, le même tempérament.
Q - Vous avez expliqué que la France n'a pas de troupes en Irak. L'Irak touche tout le monde, tous les pays. Est-ce que vous avez une idée pour résoudre ce problème ?
R - D'abord, tout doit être fait pour éviter l'éclatement de l'Irak. Ce ne serait pas une bonne chose pour la stabilité de la région. Deuxièmement, tout doit être fait pour que les Irakiens se dotent d'institutions qui leur permettent d'administrer ce pays et d'assurer la concorde des différentes communautés. Troisièmement, le plus rapidement l'Irak pourra vivre d'une aide économique sans présence militaire étrangère, le mieux ce sera, pour les Irakiens, pour la région pour les Américains.
Q - Monsieur le président, est-ce que la France a un rôle à jouer ?
R - La France a un rôle à jouer. Bernard Kouchner a eu raison d'aller en Irak porter le message de la volonté de la communauté internationale à aider l'Irak à se reconstruire dans la paix et dans l'unité.
Q - Il y a des initiatives spécifiques ?
R - Non, il y a eu l'initiative d'aller en Irak. C'était déjà en soi un geste politique significatif.
Q - Parlons de l'Afghanistan, la nécessité de reconstruire le pays, d'entraîner l'armée, la police, etc. Est-ce que c'est la même chose pour l'Irak ? Est-ce que la France a un rôle à jouer ?
R - La France n'a pas vocation à aller en Irak. Mais la France a estimé de son devoir de renforcer sa présence en Afghanistan, pour aider l'Afghanistan à se construire un avenir démocratique et en sécurité.
Q - Aujourd'hui, c'est un jour assez triste pour la France puisque ••
R - Nous avons perdu un de nos formateurs. Je veux rendre hommage aux soldats français qui prennent des risques en Afrique, au Liban, en Afghanistan. Cela montre que nous payons aussi un lourd tribut à notre statut de membre permanent au Conseil de sécurité.
Q - Mais quand même la France est convaincue qu'il faut jouer un rôle encore plus actif en Afghanistan, renforcer ••
R - Cela dépend quel rôle. Je pense que le rôle que nous avons joué en Afghanistan, c'est d'aider à la construction d'un Etat afghan indépendant, uni pour vivre dans la paix. Donc, je souhaite renforcer les formateurs, l'encadrement plutôt que les combattants.
Q - Quels sont pour vous les réunions les plus importantes que vous aurez à New York la semaine prochaine ?
R - J'en ai beaucoup. Je vais rencontrer de nombreux chefs d'Etat. Je suis très heureux de rencontrer le Secrétaire général des Nations unies avec qui je déjeunerai dès mon arrivée. Je verrai le président Uribe pour lui parler d'Ingrid Betancourt et j'aurai l'occasion de voir Mélanie Betancourt à New York. Je verrai également le président Karzaï, Mahmoud Abbas, et le président Lula. Bref, j'aurai un emploi du temps extrêmement chargé.
Q - Est-ce que le dollar faible est dangereux ?
R - Je ne dis pas que c'est dangereux, je dis que j'apprécie la politique de la Federal Reserve Bank qui voit bien qu'il faut donner la priorité aux entrepreneurs plutôt qu'aux spéculateurs. Mais bien sûr, un euro à 1,40 dollars est un problème pour la compétitivité de notre économie. Et ce qui est un problème derrière, c'est l'endettement. Et je le dis, comme je le pense, je suis pour le libéralisme, pour la concurrence, pour la mondialisation mais je pense qu'il faut, maintenant, mettre de nouvelles règles, davantage de transparence, davantage de moralisation du capitalisme financier. Je n'ai pas apprécié que des agences de notation notent des produits d'épargne triple A un jour et triple B le lendemain. Ce n'est pas sérieux. Il faut de nouvelles règles. J'en ai discuté avec M. Paulson et on en a convenu de réguler le capitalisme financier. C'est un impératif pour tous les pays de la planète.
Q - Je ne comprends pas l'initiative en ce qui concerne les sanctions, les mécanismes économiques et financiers contre l'Iran. Il y a beaucoup de différence au sein de votre gouvernement.
R - J'ai répondu à votre question avec la précision que je pouvais apporter. Je n'ai pas l'intention d'en dire davantage. Parce que plus on travaille ces choses dans le secret, plus elles ont des chances d'aboutir.
Et, je vais vous dire une dernière chose, je suis bien heureux de venir vous voir et bien heureux d'aller courir à Central Park./.
(Source : site Internet de la présidence de la République / https://pastel.diplomatie.gouv.fr/e...)
En quoi Nicolas Sarkozy, Président de la France, est-il différent de Nicolas Sarkozy, Maire de Neuilly ? …
“BAVURES VERBALES
Sarkozy et l’Afrique.
QUI A ACCUSÉ les Socialistes d’avoir organisé la décadence de la France, en concédant néanmoins de façon lapidaire : « La France se porte mieux que le Burkina Faso » ?
- UN CERTAIN Nicolas Sarkozy.
- Qui a trouvé son bureau ministériel « digne d’un roi gabonais » ? – (…)
- ENCORE Nicolas Sarkozy, maire de Neuilly-sur-Seine, ville la plus riche de France, avec un budget de plus de 85 millions de dollars pour une population de moins de 70000 habitants.
[Rappelons à titre comparatif que les 3 millions de Centrafricains ne disposent que de 135 millions de dollars…]
Élu triomphalement député en mars 1993 et, depuis, nommé ministre du Budget et porte-parole du gouvernement par le Premier ministre Édouard Balladur, Nicolas Sarkozy est un homme de confiance de Jacques Chirac, président du RPR, Rassemblement Pour la République.
Quelle explication donner aux bavures verbales de ce fils d’émigré hongrois, brillant exemple de l’intégration réussie en France et qui, à 38 ans, n’a pourtant pas connu le « bon vieux temps des colonies » ?
Jeune Afrique N°1690 du 27 mai au 2 juin 1993. Rubrique : « VOUS & NOUS. » (…)”
Article repris dans « Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ? » essai paru aux Éditions Menaibuc en 2004.
Comme indiqué, ce petit Courrier de Lecteur a été publié par l’hebdo panafricain, un septennat avant la fin du siècle dernier et le début du nouveau millénaire !…
Le « recalé très récent au doctorat honoris causa » de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, même après être parvenu à devenir le président de la République française, sera-t-il, un jour, apte à percevoir l’Afrique de façon différente ?…
Cheick Oumar KANTÉ
En visite officielle cette semaine en Russie, retrouvez l’entretien du Président de la République français avec le quotidien russe "Rossiskaya Gazeta" (9 octobre 2007)
ENTRETIEN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY,
AVEC LE QUOTIDIEN RUSSE "ROSSISKAYA GAZETA"
(Paris, 9 octobre 2007)
Q - Monsieur le Président, une question traditionnelle mais extrêmement importante, comment évaluez-vous l'état actuel de la coopération franco-russe et comment voudriez-vous que soient vos relations avec le président russe, Vladimir Poutine ? Quelles sont les questions que vous escomptez aborder à Moscou ?
R - Notre coopération se développe et se renforce. C'est d'autant plus important que la Russie est de retour sur la scène mondiale. Cela se traduit notamment par un renouveau industriel et technologique de l'économie russe qui permet à nos entreprises de travailler ensemble sur des projets porteurs et emblématiques. Je n'en citerai que deux qui illustrent les potentialités de notre coopération : la réalisation de l'avion superjet 100 par l'avionneur Soukhoï, en partenariat avec des entreprises françaises (Snecma, Thalès), l'utilisation de lanceurs russes Soyouz sur le pas de tir de la base de Kourou, en Guyane. Ce renouveau économique ouvre des perspectives d'investissements pour les entreprises françaises en Russie, mais il en ouvre aussi pour les entreprises russes en France. Cette densification de nos liens économiques et commerciaux est tout à fait souhaitable, d'autant plus qu'elle repose sur des critères d'économie de marché et de respect du droit.
Le statut retrouvé de la Russie doit être accueilli tout à fait sereinement, parce qu'en contrepartie il lui permettra d'assumer et d'exercer ses responsabilités qui vont de pair avec sa légitime aspiration à être une grande puissance. J'attends ainsi de la Russie une contribution importante et positive au règlement des défis de notre temps. C'est tout le sens du message que j'adresserai à la jeunesse russe que je rencontrerai durant mon séjour à Moscou.
C'est fort de cette attente que je m'entretiendrai avec le président Poutine sur les grandes questions internationales qui nous préoccupent, notamment l'Iran et le Kosovo. Depuis ma rencontre avec le président Poutine au Sommet du G8 d'Heiligendamm, je sais que j'ai affaire à un homme pragmatique, aimant son pays, libre de toute posture et de tout dogmatisme. Cela devrait nous aider à trouver un langage commun sur ces grandes questions internationales.
Q - Nombreux sont ceux qui évoquent aujourd'hui la possibilité d'un choc des civilisations. Peut-on éviter une telle évolution ? Etes-vous d'accord avec le fait que le processus de démocratisation du Proche-Orient conduit le plus souvent à l'arrivée au pouvoir de mouvements extrémistes ?
R - Au Proche-Orient, c'est l'injustice, la perpétuation de conflits anciens auxquels s'ajoutent désormais de nouvelles crises qui font le lit des extrémismes.
Quant au choc des civilisations, on ne l'évitera pas en imposant à tous les peuples de penser et de croire la même chose. Je le disais fin septembre à la tribune des Nations unies : il n'y aura pas de paix dans le monde sans le respect de la diversité, sans le respect des identités nationales, des croyances et des cultures.
C'est la raison pour laquelle la France est si attachée aux Nations unies. Car l'ONU est la seule enceinte dans laquelle tous les Etats et les peuples de la terre, malgré toutes leurs différences, peuvent se parler et s'écouter.
Lorsque la France défend sa langue au sein de l'organisation mondiale, au point parfois d'irriter, elle défend le pluralisme des cultures. Ce qui importe, c'est le respect de la diversité, de la richesse historique et culturelle du monde. Ce qui importe avant tout est l'acceptation de l'autre dans sa différence.
La France et la Russie ont des histoires différentes, même si elles ont écrit parfois ensemble de magnifiques pages, mais leurs rapports sont fondés sur la compréhension, la tolérance, la coopération avec le partenariat.
La Russie et la France abritent toutes deux de grandes richesses humaines et culturelles. Plusieurs confessions religieuses coexistent sur leur sol. Elles sont dès lors particulièrement qualifiées pour plaider et oeuvrer activement en faveur du dialogue des peuples, des cultures et des civilisations, en faveur de la tolérance. Nos pays comprennent que le monde n'est pas uniforme et ne saurait l'être. Ils ont le devoir de faire passer ce message sur la scène internationale. Mais nous serons d'autant plus écoutés dans le monde que nous serons exemplaires chez nous. Cela vaut pour la Russie comme pour la France.
Q - Vous avez récemment formulé une série de conditions au rapprochement de la France avec l'OTAN. Vous vous exprimez en faveur de la création d'une Europe unie. Qu'est-ce qui motive votre aspiration à une intégration plus étroite dans les structures européennes et transatlantiques ?
R - J'ai la conviction qu'il n'y a pas de France forte sans l'Europe, comme il n'y a pas d'Europe forte sans la France. L'émergence d'une Europe forte contribuera efficacement à la mise en place d'un ordre mondial plus équilibré, plus juste et plus efficace. La Russie dit souhaiter un monde multipolaire faisant une place plus grande aux pays émergents. C'est justement parce que la France partage cette approche qu'elle souhaite que l'Europe constitue l'un de ces pôles, un acteur désireux et capable de contribuer de façon décisive à la sécurité et à la stabilité internationales. Cela suppose une intégration plus poussée. C'est le sens de nos efforts visant à l'adoption d'un traité simplifié. Il permettra de sortir d'une décennie de querelles institutionnelles et de remettre le projet européen sur les rails.
S'agissant des structures transatlantiques, j'ai dit qu'il fallait avancer de front vers le renforcement de l'Europe de la défense et vers la rénovation de l'Otan et de sa relation avec la France. Opposer l'Union et l'Otan est absurde. Il s'agit au fond des mêmes forces armées. La France est membre fondateur des deux. Il y a un déficit de capacités à combler en Europe. Il y a une complémentarité évidente entre les deux organisations, comme cela se voit déjà sur le terrain en Afghanistan par exemple. Il faut que les Européens prennent leurs responsabilités en matière de sécurité et de défense ; il faut aussi que les Américains comprennent que c'est le sens de l'histoire ; il faut enfin que la Russie soit consciente que ces évolutions ne sont aucunement dirigées contre elle.
Le monde a beaucoup à gagner d'une coopération plus approfondie et plus systématique entre l'Europe et la Russie, notamment en matière de défense et de sécurité. C'est ma conviction profonde, à l'approche de la Présidence française de l'Union européenne au 2ème semestre 2008.
Q - Aujourd'hui, le monde entier est préoccupé par la situation autour du programme nucléaire de l'Iran. Considérez-vous possible, en toute hypothèse, le recours à la force militaire contre ce pays, au cas où il refuserait de se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Pourquoi estimez-vous insuffisants les mécanismes standards existants de contrôle de l'activité nucléaire de Téhéran ?
R - Vous avez raison de dire que le monde entier est préoccupé. Cette crise est sans doute la plus grave de toutes celles que nous connaissons actuellement. Un Iran doté de l'arme nucléaire est inacceptable pour la France. Il faut tout faire pour éviter de nous faire enfermer dans une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran. Entre la résignation et la guerre, deux mots qui n'appartiennent pas à mon vocabulaire, il y a une attitude responsable : des sanctions croissantes pour ramener l'Iran à la raison, mais aussi une ouverture au dialogue si l'Iran fait le choix de respecter ses obligations. C'est la démarche que nous avons choisie avec nos partenaires des UE3+3, et que les ministres des Affaires étrangères Kouchner et Lavrov ont réaffirmé, avec leurs collègues, dans leur déclaration du 28 septembre.
Vous parlez de "mécanismes standards existants de contrôle". Mais la situation iranienne est tout sauf une situation "standard" ! Il s'agit d'un pays qui a dissimulé pendant près de vingt ans à l'AIEA un programme nucléaire. Il s'agit d'un pays qui cherche à enrichir de l'uranium alors qu'aucun besoin civil crédible ne le justifie. C'est pour cela que le Conseil de sécurité et le Conseil des gouverneurs de l'AIEA demandent à l'Iran davantage que l'application des mécanismes "standards existants" de contrôle, que du reste l'Iran n'applique pas puisqu'il n'a pas mis en œuvre le protocole additionnel de l'AIEA. L'Iran doit suspendre ses activités d'enrichissement et de retraitement, et mettre en œuvre le protocole additionnel ainsi que toutes les autres mesures de transparence exigées par l'AIEA. Sans cela, la confiance est impossible.
L'Iran s'est engagé auprès de M. El Baradeï à répondre à certaines questions. C'est un premier pas, mais il ne s'agit pas seulement de faire toute la lumière sur le passé. Il s'agit aussi de suspendre les activités en cours et d'appliquer les résolutions 1737 et 1747 du Conseil de sécurité. Les sanctions ont permis d'obtenir de premiers résultats en poussant les responsables iraniens vers plus de transparence. C'est donc la preuve qu'elles font réfléchir le régime. Personne ne doit douter du sérieux et de la détermination de la France sur ce dossier. Il s'agit de la défense de notre sécurité collective contre les dangers de la prolifération. Je ne transigerai pas sur un sujet d'une telle gravité.
Q - On entend souvent ces derniers temps l'opinion que l'Union européenne construit un nouveau "rideau de fer" aux frontières de la Russie. Dans quelle mesure de telles affirmations vous paraissent fondées ? La France est-elle prête à mener dans sa relation avec la Russie une politique indépendante et différente de celle de l'Union européenne ?
R - Le mur de Berlin est tombé il y a presque vingt ans et nul n'a l'intention, de part et d'autre, de reconstruire un mur de quelque nature qu'il soit. Je garde d'ailleurs de cet événement majeur le souvenir merveilleux du violoncelliste Mstislav Rostropovich jouant au pied du mur, comme symbole du retour de la très grande culture russe au sein de l'Europe.
Depuis une quinzaine d'années, la Russie et l'Union européenne n'ont eu de cesse de se concerter, de se rapprocher, comme l'illustre entre autres la mise en oeuvre des quatre espaces, dont un - celui de l'éducation - qui peut être vécu au quotidien par les citoyens russes qui participent aux échanges de chercheurs, d'universitaires, d'étudiants. Il y a aussi l'accord récent entre l'Union européenne et la Russie en matière de facilitation de délivrance des visas de court séjour. Sur ce dernier point, il conviendrait sans doute à terme d'aller plus loin, vers la suppression du régime des visas, mais cela suppose de travailler encore plus étroitement avec l'ensemble des partenaires européens, sur tous les sujets, en toute bonne foi.
Mais je ne vais pas non plus dire qu'il n'y a aucun problème. A titre d'exemple, je ne vous cacherai pas que, quand la Russie coupe les approvisionnements en énergie d'une partie de l'Europe sans prévenir, cela sape la confiance. Comme il existe des convergences, il existe aussi des divergences que la présidence française de l'Union européenne au deuxième semestre de 2008 tâchera de résoudre.
Quant à une politique indépendante de la France, je compte effectivement mener une politique indépendante, comme l'Union européenne en mène une, indépendante, faite de compromis et de concertation. L'une et l'autre sont indissociables et c'est ce qui fait que je nourris l'ambition d'une France forte au sein d'une Europe forte./.
(Source : https://pastel.diplomatie.gouv.fr/e...)
A l’occasion, le 10 décembre 2007, de la journée internationale des droits de l’Homme, la Ligue libyenne des droits de l’Homme et la FIDH interpellent le Président Sarkozy sur la question du respect des droits de l’homme en Libye à la lumière de la visite du colonel Kadhafi à Paris.
Retrouvez la lettre ouverte sur le site de la FIDH : http://www.fidh.org/spip.php?articl...