ACTU : Le Conseil de sécurité appelle à la libération des marins britanniques détenus par l’Iran
Par Multipol le vendredi 30 mars 2007, 12:07 - Crises et conflits - Lien permanent
Catherine MAIA
Vendredi 23 mars, l'Iran a arraisonné un navire de l'armée britannique, alléguant du fait qu'il se serait trouvé dans les eaux iraniennes, tandis que le Royaume-Uni et l'Irak maintiennent qu'il se trouvait dans les eaux nationales iraquiennes. Les 15 marins à bord ont été transférés à Téhéran. Revenant sur sa promesse, l’Iran a fait savoir hier que la seule femme à bord ne serait pas libérée dans l’immédiat, mettant en cause l’attitude « incorrecte » de Londres qui, plutôt que d’envoyer une équipe technique pour examiner le problème, a fait du tapage médiatique, annoncé le gel des relations et fait savoir qu’il en réfèrerait au Conseil de sécurité. À ce revirement qui a accentué la crise entre les deux pays, viennent s’ajouter ce matin deux facteurs de crispation : d’une part, l’Iran exige des excuses de la part de la Grande Bretagne, d’autre part, celui-ci a à nouveau publié un courrier de la femme soldat captive dans lequel elle appelle à un « retrait rapide » de la Grande-Bretagne d’Irak, ce qui en dit long sur les pressions subies par les marins de la Royal Navy.
Face à cette situation, le Conseil de Sécurité a tenu hier à faire connaître son opposition au maintien en détention des soldats britanniques. Dans une déclaration à la presse faite par l'ambassadeur sud-africain Dumisani S. Kumalo, qui assume actuellement la présidence du Conseil, les membres du Conseil de sécurité appellent le gouvernement iranien à autoriser « un accès consulaire » aux marins capturés par les membres de la Garde révolutionnaire dans le Golfe persique vendredi dernier et soutiennent les appels déjà faits, y compris par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, à une « prompte résolution du problème », qui inclut la libération de ces personnels, conclut le texte.
Cette déclaration à la presse, bien que dépourvue de caractère contraignant, a nécessité plus de quatre heures de négociations. Le texte final est pourtant très édulcoré par rapport à la version initiale présentée par les Britanniques. Ceux-ci souhaitaient que le Conseil « déplore » la poursuite de la détention des marins et note qu’ils avaient été capturés alors qu’ils « opéraient dans les eaux territoriales irakiennes en tant que membres de la force multinationale en Irak mandatée par la résolution 1723 du Conseil de sécurité ». La version initiale devait également soutenir les appels à une « libération immédiate » de ces personnels. La Russie a été le principal opposant à ces diverses formulations, considérant que le Conseil devait éviter de prendre position dans ce qu’elle considère comme une « dispute bilatérale », notamment sur la localisation du lieu de la capture des marins dans le Golfe.
Commentaires
Suite à la déclaration du Conseil de sécurité, la mission iranienne auprès des Nations Unies a dénoncé l’"exploitation"de l'ONU , estimant que l’affaire des marins britanniques devait rester exclusivement d'ordre bilatéral.
Selon l'ambassade d'Iran à Londres, le Royaume-Uni est en contact étroit avec le gouvernement iranien pour résoudre la crise "de façon acceptable pour les deux parties". De son côté, la ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, a déclaré ne percevoir aucun signe, dans l’attitude de Téhéran, permettant d’espérer une résolution rapide de la crise. Dans une "note diplomatique formelle" remise à l'ambassade de Grande-Bretagne, Téhéran dénonce fermemement l' "acte illégal" du Royaume-Uni et exige des "garanties pour éviter la récurrence de tels actes".
Si les chefs de la diplomatie européenne ont immédiatement affiché leur solidarité avec le Royaume-Uni, ils n’en restent pas moins prudents et entendent formuler leur soutien de manière diplomatique pour ne pas aggraver les tensions. L’administration américaine s’est quant à elle résolument tenue à l’écart de la crise, bien que George W. Bush ait affirmé son "plein soutien" au Royaume-Uni lors d’un entretien avec Tony Blair.
Le principal intermédiaire dans cette crise demeure pour l’heure la Turquie, qui s'est engagée mardi dernier, au cours d'une visite de Margaret Beckett à Ankara, à multiplier les efforts pour résoudre la crise entre son allié au sein de l'Otan et son voisin iranien. Selon Ankara, Téhéran aurait promis de reconsidérer la demande turque en faveur de la libération de Faye Turney, seule femme parmi les 15 marins britanniques.
Le 30 mars, les Ministres des Affaires étrangères de l'UE ont adopté une déclaration commune dans laquelle ils condamnent la détention des marins britanniques par l'Iran.
DECLARATION DES MINISTRES DES AFFAIRES ETRANGERES DE L'UNION EUROPEENNE
(Brême, 30 mars 2007)
«L'Union européenne déplore le maintien en détention de quinze marins britanniques capturés par l'Iran le 23 mars et réaffirme son soutien inconditionnel au gouvernement du Royaume-Uni.
Tous les éléments indiquent clairement qu'au moment de leur capture, les marins britanniques effectuaient une mission de patrouille de routine dans les eaux territoriales irakiennes, conformément à la résolution 1723 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Leur capture par les forces iraniennes constitue de ce fait une violation manifeste du droit international.
L'Union européenne réitère sa demande de libération immédiate et inconditionnelle des marins britanniques. L'Union européenne demande en outre à l'Iran d'informer sans délai le gouvernement du Royaume-Uni du lieu où se trouvent les marins britanniques et de leur accorder l'accès aux autorités consulaires. Les droits fondamentaux de tous les prisonniers en Iran doivent être scrupuleusement respectés.
Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont demandé au Haut représentant de présenter la position de l'Union européenne au gouvernement iranien.
Si les citoyens britanniques ne devaient pas être libérés dans un avenir proche, l'Union européenne prendra des mesures appropriées».
L'Iran vient d'annoncer la libération immédiate et "gracieuse" des 15 militaires britanniques retenus prisonniers depuis plus de dix jours.
Le Président iranien Ahmadinejad a déclaré : "Je demande à M. Blair de ne pas punir ces soldats pour avoir accepté de dire la vérité", suite aux "aveux" de certains militaires quant à leur violation présumée des eaux iraniennes.
Le gouvernement de Tony Blair s'est réjoui de cette libération et n'a pas fait de commentaires sur les déclarations du Président iranien.
Le Monde relève aujourd'hui quelques coincidences troublantes avec cette affaire :
- une autre libération survenue la veille, celle "d'un diplomate iranien mystérieusement disparu depuis deux mois en Irak"
- et "l'annonce, quelques heures plus tard à Téhéran, que cinq autres "diplomates" iraniens, capturés le 11 janvier en Irak par l'armée américaine, vont recevoir la visite d'un conseiller de leur ambassade en Irak"
A lire sur http://www.lemonde.fr
A lire : l'analyse de Josselin GAUNY (CET), avec une carte à l'appui sur la frontière controversée irako-iranienne : http://www.diploweb.com/cartes/iran...