ACTU : Création d’un centre de commandement américain pour l'Afrique
Par Multipol le mercredi 7 février 2007, 10:53 - Diplomatie multilatérale - Lien permanent
Catherine MAIA
Les États-Unis, qui disposent déjà à Djibouti de leur unique base militaire en Afrique, souhaitent désormais étendre leur présence sur le continent. À cette fin, et après plusieurs semaines de rumeurs, le président américain George Bush vient de confirmer la création d'un centre de commandement militaire spécial pour l'Afrique d'ici le mois de septembre prochain.
«Ce commandement permettra aux États-Unis d'avoir de l'Afrique une approche plus efficace et plus intégrée, comparée à l'approche actuelle qui est un vestige de la Guerre Froide», a déclaré hier le ministre américain de la Défense, Robert Gates, devant la commission du Sénat sur les forces armées. Plus spécifiquement, ce commandement sera chargé de développer la coopération militaire avec les pays africains, d’apporter «un soutien à des missions non militaires» et de mener «des opérations militaires sur le continent africain» si elles sont décidées par le gouvernement américain.
L'idée d'un tel commandement régional avait germé depuis 2003 dans les couloirs du Pentagone. Jusqu'à présent, l'Afrique ressort de trois commandements différents au sein des forces armées américaines. La majorité des pays africains sont gérés par le commandement européen, basé à Stuttgart en Allemagne. La Corne de l'Afrique relève quant à elle du commandement central qui, basé à Miami en Floride, gère aussi le Proche-Orient et l'Asie Centrale. Enfin, les îles au large du continent, telles que Maurice et Madagascar, font partie du commandement du Pacifique, dont le quartier général est situé à Hawaï.
Désormais, l'ensemble de l'Afrique, y compris les îles, sera géré par le nouveau commandement spécial. Seule, l'Égypte continuera à relever du commandement central, étant donné les liens étroits de ce pays avec le Proche-Orient. Dans l'immédiat, le commandement Afrique sera basé à Stuttgart. À terme, il devrait toutefois être installé quelque part sur le continent noir.
Cette création reflète en réalité l’inquiétude de Washington quant à l’implantation d’organisations terroristes dans certains pays africains, comme l'ont montré les raids que les Américains ont effectués le mois dernier contre des membres présumés d'Al-Qaïda en Somalie. Les États-Unis veulent ainsi empêcher l'Afrique de l'Est de prendre le relais de l'Afghanistan comme base arrière d'Al-Qaïda. Mais ils se préoccupent également de l'importance grandissante de l'Afrique sur un plan stratégique, tandis que le pétrole africain devrait représenter près du quart des importations américaines d'ici 2015.
Commentaires
Je pense que le motif principal de ce commandement est la sécurisation des zones d'approvisionnement de pétrole surtout dans le golfe de Guinée, la nouvelle mine d'or qui amenerait les USA à réduire leur dépendance énergétique vis-à-vis du Moyen Orient. Les responsables africains sont moins récalcitrants que ceux du golfe et une présence militaire américaine dissuaderait les plus téméraires d'entre eux.
Le motif lié au terrorisme est moins important. Il faut savoir que la région du golfe de guinée est peuplée en grande partie des peuples non musulmans ou musulmans très modérés. La menace terroriste peut venir des Etats situés à l'est, mais la base de djibouti suffit.
Pour aller plus loin, voir l’article de Yves Boyer, publié sur le site de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), le 8 décembre 2006 : "Le regain d’intérêt américain pour l’Afrique : quelles conséquences militaires et stratégiques ?"
http://www.frstrategie.org/barreCom...
De manière générale, l'implication des Etats-Unis en Afrique s'articule autour de deux principaux axes: accès et sécurisation des ressources énergétiques (pétrole principalement) dans le Golfe de Guinée (axe le plus évoqué) et lutte contre le terrorisme. Concernant ce dernier aspect (qui n'est pas le moindre), les Etats-Unis sont impliqués depuis 2004 dans un partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme (doté d'un budget d'environ 90 millions de $) qui se résume en l’assistance technique et en la formation apportées aux forces de sécurité des pays (dix actuellement) situées dans les régions saharo-sahéliennes afin de les aider à développer leurs capacités pour devenir plus efficaces dans la gestion des menaces liées à leur environnement. Dans cet environnement, le Groupe Salafiste pour la Prédiction et le Combat (GSPC) constitue une menace non négligeable compte tenu de ses liens (réels ou présumés) avec Al-Qaida...