ACTU : Semblant de compromis au Darfour...
Par Multipol le vendredi 17 novembre 2006, 12:31 - Crises et conflits - Lien permanent
Marion JULIA
Un petit pas vers un déblocage de la situation au Darfour a été franchi jeudi à l'issue de longues réunions de haut niveau à Addis Abeba, sous l'égide du président de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré. Khartoum accepterait en effet que l'ONU offre une assistance technique aux troupes de l'Union africaine déployées sur place.
Pour rappel, le Conseil de sécurité a voté une résolution (1706), en août dernier, qui estimait que l'ONU devait prendre le relais de la force de l'Union africaine, qui manque singulièrement de moyens financiers, techniques et humains. Mais le Soudan s'y est catégoriquement opposé.
Ainsi, ce léger signe d'assouplissement pourrait laisser penser qu'une faille est possible dans la position de Khartoum. Cependant, la question du nombre des troupes est encore en suspens et le gouvernement soudanais refuse encore tout Casque Bleu sur son sol.
L'ONU estime qu'à ce jour la guerre au Darfour a tué environ 200 000 personnes et engendré un exode de 2,5 millions de personnes, depuis février 2003.

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Suite à sa visite au Darfour, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, dans un discours prononcé devant le Conseil de sécurité le 23 novembre, a exhorté la communauté internationale à assumer ses responsabilités pour protéger les populations civiles du Darfour où 4 millions de personnes ont maintenant besoin d'une assistance humanitaire. Tandis qu'un accord sur le déploiement d'une mission mixte de l'Union africaine et des Nations Unies semblait avoir été conclu à la mi-novembre, Jan Egeland a fait état d'un contraste saisissant entre la volonté affichée au niveau diplomatique et la réalité sur le terrain où l’armement des miliciens et le recrutement d'enfants combattants se poursuivent au mépris le plus total des résolutions du Conseil du sécurité.
Après avoir été «si souvent déçu» sur le Darfour, le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a exprimé le 22 décembre devant le Conseil de sécurité l'espoir d'être «enfin près de réussir à arracher le peuple du Darfour au sort épouvantable qui est le sien actuellement». En ce sens, Kofi Annan a fait mention des rapports reçus de son Envoyé dépêché à Khartoum, M. Ould Abdallah, qui l’encouragent à penser que «demain peut-être nous allons recevoir le feu vert du Président Bashir pour un cessez-le-feu total, des efforts renouvelés en vue de la participation de toutes les parties à la recherche d'une solution politique, et le déploiement de la force hybride Union africaine-Nations Unies qui a été proposée pour protéger la population».
Concernant la crise au Darfour, deux articles récents sont à signaler :
- Jérôme TUBIANA, «Le darfour, un conflit pour la terre ?», in Politique africaine 2006, vol. 101, pp. 111-131.
RESUME : Au Darfour, le déplacement de deux millions de civils non arabes ne résulte pas seulement de la répression gouvernementale contre la rébellion. Les groupes arabes parmi lesquels le gouvernement a recruté ses supplétifs avaient été peu dotés en terres par les sultans du Darfour à l’époque précoloniale, et ils profitent de la guerre pour remettre en cause cette situation. Ils souhaitent la mise en place d’un droit foncier «moderne» et, sous la pression des groupes rebelles, le gouvernement s’est engagé à restaurer le système «traditionnel». Cela ne suffira sans doute pas à rétablir la mixité ethnique mise à mal par la guerre.
- Roland MARCHAL, «Tchad/darfour : Vers un système de conflits», in Politique africaine, 2006, vol. 102, pp. 134-154.
RESUME : Le conflit au Darfour et la crise politique au Tchad participent de la constitution d’un système de conflits, qui pourrait à terme également affecter la Centrafrique. En considérant les dynamiques de ces deux crises de nature différente dans leur contexte, on perçoit les facteurs qui ont poussé à une transnationalisation des acteurs armés et à une militarisation des contradictions politiques et sociales dans les deux pays. Les politiques d’influence des États de la région, outre le Tchad et le Soudan, ont également eu des effets contradictoires qui, pour l’heure, ne contribuent guère à la pacification.