ACTU : Le scandale des déchets toxiques à Abidjan
Par Multipol le lundi 18 septembre 2006, 16:17 - Crises et conflits - Lien permanent
Catherine MAIA
Il aura fallu attendre quatre semaines après le déversement de centaines de
tonnes de déchets toxiques sur plusieurs sites de la capitale de la Côte
d'Ivoire, pour que démarrent, dimanche 17 septembre, les opérations de
dépollution. C’est la société Trédi Environnement, une filiale ivoirienne du
groupe français Séché Environnement, qui est chargée de confiner les déchets
afin qu’il n’y ait plus de risque pour la santé et l’environnement. Les
émanations provenant des déchets toxiques ont, d’après le dernier bilan publié
samedi 16 septembre par les autorités ivoiriennes, d’ores et déjà causé de
lourdes conséquences sur le plan sanitaire, étant à l’origine de plus de 36 500
consultations médicales de personnes souffrant de troubles respiratoires et
digestifs, de vomissements, de migraines, et causant le décès de 17 d'entre
elles, dont 4 enfants.
Une commission d’enquête poursuit actuellement ses investigations pour
déterminer les responsabilités dans ce scandale, car le mystère demeure de
savoir comment la société hollandaise Trafigura a accepté d'exporter ces
déchets de l’Europe vers l’Afrique, en violation de la Convention de Bâle qui
interdit le transfert des déchets dangereux hors de l'OCDE.
Dans l'attente des résultats, et malgré le limogeage de son gouvernement, le
Premier ministre Charles Konan Banny a décidé de reconduire une dizaine de
ministres afin d’apporter des solutions d’urgence aux populations
sinistrées.

Commentaires
Dans un communiqué publié vendredi 27 octobre, la ministre française de l'écologie a indiqué que, la Côte d'Ivoire ne disposant pas des installations spécifiques lui permettant de traiter les quelques 6000 tonnes de déchets hautement toxiques résultant de la pollution provoquée par le navire "Probo-Koala" à Abidjan, ces derniers seront exportés et traités en France. Dans un courrier adressé au commissaire à l'environnement européen, la ministre de l'écologie a par ailleurs demandé le renforcement de la réglementation européenne sur la gestion des déchets.
C. M.
Le 24 novembre 2006, à la veille de la huitième réunion des États Parties la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination, Achim Steiner, directeur du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), a lancé un appel à la communauté internationale pour qu'elle prenne rapidement en charge les frais liés au nettoyage et à la réhabilitation des sites contaminés aux alentours du port d'Abidjan après le déversement, en août dernier, de déchets toxiques par un affréteur en provenance d'Europe. Après une aide d'urgence initiale, la Côte d'Ivoire est maintenant obligée de puiser dans ses propres fonds publics afin de payer une société privée pour la récupération, l'expédition et le traitement des déchets toxiques en France, alors que les frais de nettoyage et de réhabilitation des sites contaminés devraient s'élever à 30 de millions de dollars !
Précisons que, conformément à la Convention de Bâle, un pays exportateur de déchets toxiques a l’obligation d’obtenir l’autorisation écrite du pays importateur, autorisation écrite qui détaille les contenants et la destination des déchets et que, dans le cas d'un commerce illégal, l'exportateur responsable doit reprendre ses déchets et payer les coûts liés aux dégâts au nettoyage.
Par voie de décrets signés le 26 novembre, le Président Laurent Gbagbo a réintégré dans leurs fonctions plusieurs responsables administratifs pourtant suspendus par le Premier ministre Charles Konan Banny après qu’un récent rapport de la commission nationale d'enquête sur les déchets toxiques les ait identifiés comme responsables du scandale, si ce n’est jugés "complices" des pollueurs pour certains. Pour le Premier ministre, il s'agit là d'une volonté manifeste du Président de refuser l'application de la résolution 1721 (2006) du Conseil de sécurité qui a prolongé d'un an les mandats de MM. Gbagbo et Banny en donnant à ce dernier des "pouvoirs élargis" pour réunifier le pays.